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ACV, DEP, Scope 3 : les câbles optiques entrent dans l'ère de la performance environnementale

V. VELEZ, LE 28 MAI 2026
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ACV, DEP, Scope 3 : les câbles optiques entrent dans l'ère de la performance environnementale
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Dans un contexte de durcissement progressif des exigences réglementaires en matière de réduction carbone et de traçabilité environnementale, le Cercle CREDO publie un nouveau dossier technique dédié à l’Analyse du cycle de vie (ACV) et à la Déclaration environnementale produit (DEP) des câbles optiques. Présenté le 5 mai dernier lors d’un webinaire rassemblant des représentants du groupe ACOME, de l’ADEME, du cabinet Ekho et d’InfraNum, ce guide pratique offre à la filière télécoms les clés méthodologiques pour mesurer, comparer et réduire l’empreinte environnementale des infrastructures optiques.

Véritables colonnes vertébrales des réseaux numériques, les câbles optiques jouent un rôle stratégique dans les enjeux de souveraineté, de résilience et de décarbonation des infrastructures télécoms. Leur performance et leur durabilité ne reposent plus seulement sur leurs caractéristiques techniques, mais aussi sur leur empreinte environnementale, désormais scrutée à chaque étape de la chaîne de valeur.
Ce constat s’impose avec d’autant plus de force que les opérateurs télécoms renforcent leurs engagements climatiques, en particulier sur leurs émissions indirectes dites « Scope 3 ». Dans un secteur marqué par la généralisation de la fibre et la fermeture progressive du réseau cuivre à horizon 2030, les industriels de la filière se retrouvent directement concernés par ces nouvelles exigences.
Pour Jacques Poléni, délégué général du Cercle CREDO : « Notre nouveau dossier technique apporte un éclairage crucial sur ces outils. Il montre notamment comment le mix énergétique du site de production et la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement constituent des leviers déterminants pour réduire drastiquement l’empreinte carbone des réseaux. »

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L’ACV et la DEP : deux outils complémentaires devenus incontournables
Pour répondre à ces enjeux, deux outils méthodologiques s’imposent progressivement comme des références dans la filière. L’Analyse du Cycle de Vie (ACV) permet d’évaluer les impacts environnementaux d’un produit depuis l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie, selon une approche multicritère couvrant aussi bien le potentiel de réchauffement climatique que la consommation d’eau, l’épuisement des ressources ou la pollution des sols. La Déclaration Environnementale Produit (DEP), quant à elle, formalise ces résultats de manière standardisée et transparente, conformément aux exigences réglementaires et aux attentes des clients, opérateurs et donneurs d’ordre.
Il est important de distinguer deux grands périmètres d’analyse : le « Cradle-to-Gate », qui couvre les impacts depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la sortie d’usine, et le « Cradle-to-Grave », qui intègre l’ensemble du cycle de vie jusqu’à la fin de vie du produit. Cette distinction est essentielle pour garantir la comparabilité des données entre industriels et entre produits.
Depuis l’été 2025, un référentiel méthodologique harmonisé dédié aux câbles est disponible à l’échelle internationale, sous l’égide de l’IEC, à l’issue de plusieurs années de convergence entre les différents référentiels européens. Ce cadre constitue désormais une base commune solide pour comparer les impacts environnementaux des câbles optiques, quelle que soit leur provenance.
Kevin Lenglé, responsable marketing du groupe ACOME et président du groupe de travail « Empreinte carbone » du Sycabel, rappelle l’enjeu pour l’ensemble de la chaîne de valeur : « Les câbles optiques représentent une part significative du Scope 3 de certains opérateurs, notamment dans cette phase de déploiement massif de la fibre et d’interconnexion des data centers. Réduire leur impact carbone devient donc un enjeu prioritaire pour toute la chaîne de valeur ».

Mix énergétique et matières premières : les deux leviers clés de l’écoconception
Les travaux présentés lors du webinaire ont mis en évidence deux facteurs particulièrement déterminants dans l’empreinte carbone des câbles optiques : le choix des matières premières et le mix énergétique du site de production.
Les études réalisées dans le cadre du Sycabel montrent ainsi qu’à produit équivalent, un câble fabriqué dans un pays bénéficiant d’un mix électrique peu carboné — comme la France, grâce à son parc nucléaire — peut afficher une empreinte carbone jusqu’à deux fois inférieure à celle d’un câble produit dans des zones où l’électricité est plus carbonée. Le transport joue également un rôle, mais reste le plus souvent secondaire au regard de l’impact énergétique de la phase de production.
Au-delà du mix énergétique, l’écoconception ouvre de nombreuses pistes d’amélioration concrètes : intégration de matériaux recyclés, réduction des plastiques, optimisation logistique, emballages simplifiés ou encore réemploi des tourets de transport, y compris à partir de plastiques issus de filières de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). Une étude menée à l’échelle de l’abonné révèle par ailleurs qu’environ un tiers de l’empreinte carbone de l’infrastructure de raccordement se situe sur les derniers mètres entre le poteau et la prise terminale, ce qui oriente les efforts d’écoconception vers ces segments spécifiques.

La donnée environnementale, clé de voûte des évaluations à l’échelle des réseaux
Du côté des opérateurs et des exploitants d’infrastructures, la demande de données environnementales fiables et comparables est en forte progression. Paul Le Dantec, président-fondateur du cabinet ekho et président de la commission RSE d’InfraNum, a rappelé lors du webinaire les ressorts multiples de cette transformation.
Les obligations réglementaires jouent un rôle majeur : CSRD, BEGES, loi AGEC, réglementation européenne SFDR… L’ensemble de ces cadres pousse les entreprises à structurer et démontrer leur démarche environnementale. Ainsi, les acteurs financiers, banques, investisseurs, fonds, ont eux aussi soumis à des obligations croissantes, notamment à travers les classifications dites « article 6, 8 ou 9 », qui conditionnent de plus en plus le financement des infrastructures télécoms.
Mais au-delà de la conformité réglementaire, c’est la qualité même des données de base qui conditionne la robustesse des évaluations environnementales à l’échelle d’un réseau complet. Un réseau télécom est en effet un assemblage d’équipements, de matériaux, d’opérations d’installation et de maintenance : si les données environnementales associées à ces composants ne sont pas fiables, l’ensemble du calcul devient fragile.
Dans cette logique, la DEP représente le niveau de fiabilité et de comparabilité le plus élevé pour alimenter les analyses environnementales à l’échelle des réseaux. Ces données spécifiques permettent ensuite d’enrichir progressivement les bases génériques, comme la base Empreinte de l’ADEME, et d’améliorer en continu la qualité des évaluations dans l’ensemble du secteur.

L’ADEME : harmoniser les méthodes pour piloter la transition écologique du numérique
Thomas De Latour, ingénieur sobriété numérique à l’ADEME, a apporté lors du webinaire une perspective plus large sur les travaux menés autour des impacts environnementaux du numérique dans son ensemble. Les dernières études ADEME-Arcep, publiées en 2022 et actualisées en 2025, montrent qu’en 2022, le numérique représentait déjà plus de 4 % de l’empreinte carbone nationale française. Les équipements utilisateurs et les data centers concentrent plus de 90 % de ces impacts. Les réseaux représentent environ 5 % de l’impact global, mais cette part est amenée à évoluer avec l’essor simultané des data centers, de l’intelligence artificielle, des objets connectés et des nouvelles infrastructures numériques. Les scénarios prospectifs alertent sur une possible multiplication des impacts si aucune trajectoire de sobriété et d’écoconception n’est engagée.
Pour répondre à ces enjeux, l’ADEME développe des Règles de Catégorie de Produits (RCP), qui définissent un langage commun pour évaluer les impacts environnementaux des services numériques (périmètre étudié, unité fonctionnelle, règles d’allocation, hypothèses de calcul). Des référentiels existent déjà pour les fournisseurs d’accès Internet, les systèmes d’information, les infrastructures cloud ou les réseaux LAN en entreprise. De nouveaux cadres sont en préparation pour les jeux vidéo et les objets connectés. Même s’ils ne sont pas juridiquement obligatoires, ces référentiels constituent des standards de fait dans le secteur et permettent aux acteurs d’être certains de parler de la même chose lorsqu’ils comparent leurs résultats environnementaux.

Le critère environnemental, facteur différenciant dans les appels d’offres
L’un des enseignements les plus concrets du webinaire concerne l’évolution des pratiques dans les appels d’offres télécoms. Il y a encore quatre ou cinq ans, les données environnementales y étaient principalement demandées à titre informatif, sans réelle pondération. La tendance a depuis profondément évolué. Kevin Lenglé en témoigne : « Certains grands acteurs télécoms qui se sont engagés dans des trajectoires fortes de réduction carbone intègrent désormais des pondérations de 15 à 20 % sur les critères environnementaux et RSE. Et cela ne concerne pas uniquement le carbone : on parle aussi de responsabilité sociale, de chaîne d’approvisionnement, de sourcing des matières premières ou encore de traçabilité ». Des programmes internationaux comme le JAC, qui rassemble une trentaine d’opérateurs mondiaux, contribuent à harmoniser progressivement ces exigences à l’échelle mondiale, créant de facto un standard de marché auquel les industriels doivent désormais se conformer.

Fin de vie des câbles optiques : un défi encore ouvert pour la filière
Le webinaire a également abordé la question, encore largement en suspens, du traitement des câbles optiques déposés dans le cadre du renouvellement des infrastructures. Si les filières de recyclage des câbles cuivre sont bien structurées, portées notamment par la valeur économique du métal, les filières dédiées aux câbles optiques restent peu développées. Une partie des câbles déposés est encore aujourd’hui enfouie ou incinérée.
Des initiatives émergent pour favoriser leur réemploi ou améliorer leur recyclabilité, notamment par la simplification de la composition des câbles pour réduire le nombre de matériaux différents et faciliter leur traitement en fin de vie. L’intégration de matières recyclées dans les gaines, à partir de plastiques issus de filières DEEE, constitue une autre piste concrète explorée par les industriels.

Une démarche collective et itérative
En conclusion des échanges, les intervenants ont insisté sur le caractère évolutif et collectif de cette démarche. L’ACV n’est jamais un exercice figé : elle repose sur une logique d’amélioration continue, dans laquelle chaque réitération permet d’affiner les données, d’identifier les principaux postes d’impact et de concentrer les efforts là où ils sont les plus pertinents.
La transparence constitue à cet égard un prérequis. Transparence sur les données utilisées, les méthodologies retenues, les périmètres d’analyse et les référentiels mobilisés, car comme le résume Kevin Lenglé : « Demain, les choix produits ne se feront plus uniquement sur des critères techniques ou économiques, mais aussi sur des critères environnementaux ».
Pour Jacques Poléni, qui a conclu le webinaire, le message est clair : « Avec ce guide, on est vraiment sur le fond du problème, et on voit que ces critères environnementaux vont devenir de plus en plus prégnants dans notre vie de tous les jours, mais aussi dans la vie de nos réseaux ».
Le dossier technique « L’Analyse du Cycle de Vie (ACV) et la Déclaration Environnementale Produit (DEP) des câbles optiques : deux outils au service du développement durable » est disponible en téléchargement sur le site du Cercle CREDO.


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