Avec 15 TWh de capacités de biométhane raccordées et plus de 800 méthaniseurs en activité, la filière biogaz s’est imposée comme l’une des réussites de la transition énergétique française. La PPE 3 confirme cette dynamique en fixant un objectif de 50 TWh de production de gaz renouvelables, dont 44 TWh injectés dans les réseaux. Une trajectoire qui consacre leur rôle stratégique dans la décarbonation des usages thermiques, en particulier dans le bâtiment.
Mais pour Coénove, l’ambition doit s’inscrire dans la durée. Au-delà de 2030 et plus encore à l’horizon 2035, l’organisation appelle à une reconnaissance élargie des nouvelles technologies : pyrogazéification, gazéification hydrothermale, méthanation. Autant de solutions complémentaires à la méthanisation, aujourd’hui mature, qui pourraient renforcer la souveraineté énergétique française.
Le gouvernement est ainsi attendu sur plusieurs points clés : visibilité post-2035, reconnaissance de l’ensemble des procédés de production, trajectoire des Certificats de Production de Biométhane (CPB) après 2028, ou encore feuille de route pour les gaz liquides renouvelables, particulièrement stratégiques pour les territoires ruraux.
PUBLICITÉ
Derrière la PPE 3, un choix stratégique se dessine : celui d’une électrification massive des usages. Une orientation que Coénove juge réductrice. « En énergie comme ailleurs, il n’est jamais bon de tout miser sur un seul cheval », prévient Jean-Charles Colas-Roy, président de Coénove.
Opposer nucléaire et renouvelables, ou concentrer l’effort sur l’électricité au détriment d’un mix diversifié, ferait peser des risques sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises, estime l’organisation. Pour elle, la priorité doit rester la réduction des consommations énergétiques, par la sobriété et l’efficacité.
« Une transition énergétique juste et résiliente repose d’abord sur la maîtrise des consommations et la diversification du mix », plaide le président de Coénove avant d’insister également sur l’enjeu de souveraineté. Produits localement à partir de déchets, les gaz verts présentent l’avantage d’être renouvelables, stockables et mobilisables à la demande.
Verdir les énergies plutôt que bannir les équipements
Autre ligne rouge pour Coénove : la stigmatisation de certains équipements, comme les chaudières performantes ou les systèmes hybrides. L’organisation rappelle qu’une politique énergétique efficace ne consiste pas à interdire des technologies, mais à décarboner les énergies qu’elles utilisent.
Équipements compatibles avec les gaz renouvelables, évolutifs et déjà largement déployés, ils pourraient selon elle contribuer à une transition pragmatique et soutenable, à condition d’être intégrés dans une stratégie cohérente.
Le bâtiment, terrain décisif pour le gaz vert
Enfin, Coénove appelle à orienter prioritairement le gaz renouvelable vers le secteur du bâtiment, particulièrement sensible aux pics de consommation hivernaux. Énergie stockable et disponible à la demande, le gaz vert répond aux contraintes spécifiques de nombreux logements.
Les professionnels du bâtiment demandent d’ailleurs une reconnaissance réglementaire plus claire des gaz verts, notamment dans le DPE et la réglementation environnementale, afin de disposer de trajectoires de décarbonation réalistes.
En publiant la PPE 3, l’exécutif pose les bases d’une nouvelle étape de la transition énergétique. Reste à savoir si cette stratégie, construite sans débat parlementaire, saura éviter l’écueil d’un pari trop univoque. Car derrière les objectifs chiffrés, c’est bien l’équilibre du mix énergétique français (et sa résilience) qui se joue.