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RAIL

[Dossier] Les Allemands entament le chantier du siècle pour régénérer leur réseau ferroviaire

ROMAN EPITROPAKIS, LE 12 JUILLET 2026
\ PUBLIÉ DANS BTP RAIL N° 64
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[Dossier] Les Allemands entament le chantier du siècle pour régénérer leur réseau ferroviaire
La Bahn Tower à Berlin, siège du gestionnaire de réseau allemand. © Deutsche Bahn AG Volker Emersleben
Le grand chantier allemand a démarré. Après des décennies de sous-investissement, l’Allemagne déploie les grands moyens, à coups de dizaines de milliards d’euros par an pour rénover tout son réseau. Quelques Français participent à la fête…

Outre-Rhin, le réseau ferroviaire allemand est en pleine effervescence. Dans un élan pour relancer l’économie, plombée par le prix de l’énergie, le gouvernement a débloqué 500 milliards d’euros pour les infrastructures en 2025, étalés sur une dizaine d’années. Sur ce montant, 150 milliards sont destinés au ferroviaire pour rénover les infrastructures, digitaliser le réseau et moderniser le matériel roulant d’ici 2027.

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L’Allemagne souhaite mettre fin au délabrement de son réseau qui avait conduit au triste score de 62,5 % de ponctualité en 2024. Heureusement, ce taux est déjà en hausse car des travaux titanesques ont déjà commencé il y a deux ans. Un premier programme d’investissement ferroviaire, le fameux « Starke Schiene », avait été lancé en 2019, doté de 86 milliards d’euros. Mais face à l’ampleur des travaux à mener, un plan supplémentaire a été voté fin 2023, comme mentionné plus haut. Les opportunités sont immenses pour participer aux travaux, mais les acteurs français restent relativement peu nombreux…

Les grands travaux ont commencé avant le plan de relance

Dès 2024, les investissements annuels dans le ferroviaire avaient atteint un record avec 18,2 milliards d’euros. A titre de comparaison, 6 milliards d’euros sont investis sur le réseau ferré français en 2026. « Rien qu’en 2026, DB InfraGO AG lancera des appels d’offres pour près de 2 000 kilomètres de voies, 2 100 aiguillages et une centaine de ponts, explique Sascha Frölich, directeur général d’Eiffage Infra-Rail GmbH en Allemagne. Le nombre de kilomètres de voies renouvelés chaque année était nettement inférieur au cours des années précédentes. »



« Dans ce grand plan de renouvellement du réseau, il y a généralement un ou deux gigaprojets par an, qui sont des projets phares, explique Sascha Kettler, le nouveau président de Novium et originaire d’Allemagne. Le reste des travaux dans le pays est constitué de chantiers de moins grande envergure. » A titre d’exemple, les travaux de rénovation de la ligne HambourgBerlin est un de ces chantiers titanesques de 2,2 milliards d’euros (soit presque la moitié des investissements nationaux en France en 2026 !). Ce chantier de 10 mois (d’août 2025 à juin 2026) représente donc environ 10 % du budget annuel pour la régénération du ferroviaire en 2026 en Allemagne, qui a atteint le record de 23 milliards d’euros.

La Deutsche Bahn prévoit surtout la rénovation de « grands corridors », d’une longueur totale de 4 000 kilomètres, répartis sur 40 lignes (voir carte). Le tout premier corridor a avoir été rénové était celui de Frankfurt-Mannheim (70 km) dont les travaux ont eu lieu entre juillet et décembre 2024. Près de 300 trains de voyageurs et de marchandises l’empruntent chaque jour.

Les principaux corridors ferroviaires en Allemagne. En vert foncé : les voies en bon état. En vert clair : les voies nécessitant une rénovation générale. Source : Deutsche Bahn.

Comment les Allemands réalisent-ils leurs travaux ferroviaires ?

Le réseau allemand possède un atout considérable pour ses travaux ferroviaires : un fort maillage. « Le réseau de l’Allemagne, est un grand quadrillage qui permet de fermer un tronçon ferroviaire pendant un week-end complet, voire un mois car il existe de nombreuses routes alternatives », explique Rouven Althaus, responsable du développement des systèmes embarqués chez Matisa et spécialiste de l’Allemagne. Il en résulte que contrairement à la France, les chantiers ferroviaires allemands rassemblent de nombreux engins que l’on retrouve dans les travaux publics comme des grues.

Par ailleurs, autre point de différence, les voyageurs Allemands sont beaucoup plus enclins que les Français à remplacer leurs déplacements en trains par des trajets en bus, mis en place très rapidement pour les travaux.

Les acteurs allemands (et autrichiens)

Qu’en est-il des acteurs du ferroviaire en Allemagne ? « Bien évidemment, l’Allemagne est le premier marché ferroviaire en Europe et nous comptons 500 opérateurs de travaux qui y sont présents », chiffre Sascha Kettler, le dirigeant franco-allemand de Novium. Le marché se caractérise par la présence de grands groupes capables de prendre en main des projets très complexes.

« La spécificité des grands chantiers routiers ou ferroviaires allemands tient au fait que l’on travaille énormément en groupements de deux ou trois grandes entreprises, poursuit Sascha Kettler. Ces dernières travaillent ensuite avec des petites entreprises locales, très spécialisées. »

Parmi les grands noms des chantiers ferroviaires, on peut citer côté allemand Hochtief, Max Bögl, ou encore Leonhard Weiss et côté autrichien Porr, Swietelsky Bahnbau ou encore Strabag (avec sa filiale allemande Züblin). La maîtrise de l’allemand est un indispensable pour pénétrer le marché ferroviaire outre-Rhin…

Travaux sur la ligne Berlin-Hambourg en août 2025. Le chantier de 2,2 milliards d’euros aura duré seulement dix mois pour une ligne de plus de 300 km. © Deutsche Bahn AG Oliver Lang.

Les opérateurs de travaux français en Allemagne

Du côté des acteurs français, plusieurs opérateurs de travaux sont présents parmi lesquels ETF, Colas Rail et Eiffage. Colas Rail est présent sur l’extension de la ligne Regis-Breitingen qui permettra de faire passer la vitesse de la ligne de 120 km/h à une vitesse prévue de 160 km/h. Colas est également présent à Röblingen à travers deux de ses filiales allemandes, Hasselman (mandataire) et NTG Bau. La filiale de Bouygues travaille depuis novembre 2024 à un contrat de près de 70 millions d’euros pour la modernisation de la gare de Röblingen am See en Saxe-Anhalt pour le compte de Deutsche Bahn infraGO.

ETF est de son côté présent via sa société Eurovia. Eiffage de son côté est particulièrement bien implanté, grâce à ses deux achats stratégiques d’entreprises allemandes : Wittfeld en 2004, puis Heitkamp Rail en 2009. Ces anciennes entités ont disparu au profit d’une seule entité pour le rail en Allemagne : Eiffage Infra-Rail, qui opère sur l’ensemble du territoire allemand et dans les pays scandinaves et compte 700 salariés dédiée aux activités ferroviaires. Quant à ETF, la filiale de Vinci a renforcé sa présence plus récemment sur le sol germanique, avec le rachat de THG Baugesellschaft en 2017 et de AGT GmbH en 2021. 

TSO, de son côté reste plus prudent. « Le marché allemand est complexe et particulier pour TSO car et il faut être un acteur allemand. Nos concurrents Français qui se développent en Allemagne l’ont fait par le biais d’entreprises allemandes qu’ils ont rachetées. Nous ce n’est pas le cas, ce sera une des réflexions dans les années à venir mais pour l’instant, elle n’est pas sur la table », expliquait à BTP Rail en avril dernier Romuald Hugues, président de TSO.

Concernant le matériel roulant, des entreprises françaises comme Alstom-Bombardier et Thales ont déjà remporté des contrats importants en Allemagne. Le français Thalès a vendu sa division ferroviaire « Ground Transportation Systems » au japonais Hitachi Rail en 2024. La technologie française reste appréciée (sur le savoir-faire technique dans le matériel ferroviaire, les systèmes de sécurité, la maintenance et la digitalisation), même si le marché reste très compétitif et dominé par des acteurs locaux comme Siemens et Deutsche Bahn.

« Mieux vaut avoir une bonne connaissance du marché allemand avant de venir »

A ne pas s’y tromper, le marché allemand n’est pas facile d’accès. Le pays a considérablement renforcé ses exigences en termes de normes et de critères d’homologation. Certains acteurs contactés par BTP Rail, analysent ce changement comme une mesure protectionniste, en créant de nouvelles normes nationales pour contrer les normes européennes qui permettaient à n’importe quel fabricant européen de pénétrer le marché.

« Le marché allemand est ouvert mais a acquis une forte technicité, vaut mieux avoir une bonne connaissance du marché allemand, ou du moins avoir construit la relation, avant de venir », explique Guillaume de Gavre, directeur de projet chez Eiffage Génie Civil. « Le marché allemand est appelé la Rolls Royce de l’homologation, résume Xhinol Alilaj, directeur du département homologation au sein du constructeur suisse Matisa. Le niveau de rigueur est très élevé et chaque détail, chaque clause est vérifié. » Le Suisse a quand même réussi à vendre trois bourreuses et prévoit d’en vendre trois autres en Allemagne.

La « Team France Filière Ferroviaire » et Business France soutiennent activement les entreprises françaises pour les aider à se positionner sur ce marché, en identifiant les appels à projets et en facilitant leur accès aux marchés publics allemands. Les investissements allemands dans la digitalisation (ETCS, postes d’aiguillage numériques) et l’électrification offrent aussi des opportunités pour les spécialistes français. 


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