Le grief central des collectivités porteuses de RIP porte sur la méthode de calcul des tarifs d’accès que les opérateurs commerciaux versent aux opérateurs d’infrastructure pour exploiter les réseaux publics. Cette grille, héritée de 2015, n’aurait jamais été réajustée à la hauteur des coûts réels de maintenance, d’autant plus élevés en zone rurale : lignes plus longues, taux de remplissage plus faible, proportion importante de résidences secondaires, exposition accrue aux aléas climatiques lorsque la fibre est déployée en aérien.
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L’Arcep a bien ouvert, le 24 mars 2026, une consultation publique sur les conditions économiques du maintien en conditions opérationnelles des réseaux en fibre optique d’initiative publique, s’appuyant sur les données transmises par 43 acteurs du secteur. Le régulateur y reconnaît un écart de coûts de base compris entre 1,60 et 3,20 euros par abonné selon les territoires, pour une moyenne de 2,30 euros, et propose une nouvelle grille intégrant onze postes de coûts, dont la maintenance préventive et curative ou le génie civil hors réseau Orange. Une avancée, mais insuffisante aux yeux des associations d’élus : la FNCCR, rejointe par l’Avicca et Départements de France, a adressé une réponse commune à cette seconde consultation, pointant des approximations méthodologiques et des revirements susceptibles de fragiliser durablement les infrastructures numériques portées par les territoires. Le principal reproche adressé au régulateur reste son choix de ne pas trancher par une décision juridiquement contraignante, préférant renvoyer les parties vers une négociation commerciale de gré à gré.
Le spectre du contentieux généralisé
C’est précisément cette absence de cadre opposable qui inquiète le plus les collectivités. Sans grille de référence s’imposant aux opérateurs commerciaux, chaque renégociation tarifaire entre un opérateur d’infrastructure public et un opérateur commercial devient un rapport de force potentiellement déséquilibré, où la partie la plus puissante peut faire durer les discussions. Faute d’accord, la voie contentieuse s’ouvre, avec des procédures susceptibles de s’étirer sur plusieurs années devant le juge. Pour des collectivités déjà fragilisées financièrement, la tentation devient alors grande de céder purement et simplement leur réseau plutôt que d’affronter une bataille juridique dont l’issue reste incertaine et le coût, humain comme financier, difficilement soutenable.
Ce risque n’est pas hypothétique : la Cour des comptes elle-même, dans un rapport d’avril 2025 commandé par le Sénat, a documenté l’ampleur des difficultés financières frappant une part significative des RIP français, tandis que l’échéance de renouvellement de plusieurs contrats approche à grands pas.
Une filière industrielle prise dans le même étau
Au-delà des seules collectivités, c’est toute la chaîne industrielle du déploiement fibre que la pression tarifaire fragilise, selon la FNCCR. Lorsque les marges des opérateurs d’infrastructure se resserrent, les investissements dans la formation, le contrôle qualité et la montée en compétence des équipes de pose en pâtissent en premier lieu. Or ce sont précisément ces défaillances — manque de main-d’œuvre qualifiée, malfaçons récurrentes sur les raccordements — que le secteur peine à corriger depuis plusieurs années. Un cercle vicieux où la sous-valorisation économique des réseaux publics finit par peser sur la qualité même du service rendu aux usagers.
La péréquation, arbitre d’un bras de fer politique
Face à cette impasse, la solution portée de longue date par les élus locaux a franchi une étape décisive. Le 8 avril 2026, le Sénat a adopté à l’unanimité, contre l’avis du gouvernement, la proposition de loi du sénateur Patrick Chaize instaurant un mécanisme de péréquation entre opérateurs commerciaux au bénéfice des RIP en difficulté. Le dispositif prévoit un fonds alimenté par les opérateurs dépassant 100 000 abonnés, avec une contribution plafonnée à 0,5 % de leur chiffre d’affaires annuel sur le seul segment fibre optique. Seuls les réseaux publics dont les charges nettes excèdent d’au moins 15 % le coût minimal de référence, et non couvertes par les tarifs récurrents, pourraient en bénéficier. L’Arcep serait chargée du calcul annuel des contributions, les fonds transitant par un compte dédié logé à la Caisse des dépôts.
Le gouvernement, par la voix de ses représentants, a plaidé pour privilégier la voie de la négociation commerciale sur la base de la nouvelle grille tarifaire de l’Arcep, alors en consultation. Un argumentaire qui n’a pas convaincu les sénateurs, plusieurs élus rappelant que ce même discours est tenu depuis plusieurs années sans traduction concrète. Le texte doit désormais être examiné par l’Assemblée nationale, non sans un passage obligé par les instances européennes.
La FNCCR, dont les élus soutiennent pleinement cette proposition de loi, appelle désormais à son inscription rapide à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.