L’eau est devenue l’un des grands défis financiers des collectivités locales. Selon une étude réalisée par le WWF, Intercommunalités de France, Sfil et La Banque Postale, le déficit d’investissement atteint désormais près de 6,4 milliards d’euros par an, entre renouvellement des réseaux, modernisation des stations d’épuration, protection des captages et adaptation au changement climatique.
À ces besoins s’ajoutent de nouvelles contraintes réglementaires, comme la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines (DERU 2), ainsi que la nécessité de traiter les polluants émergents, notamment les PFAS.
Les collectivités doivent investir davantage alors même que leurs marges de manœuvre financières se réduisent…
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C’est la question qui cristallise aujourd’hui les tensions. Pour financer les investissements nécessaires, les collectivités disposent de plusieurs leviers : augmenter les tarifs de l’eau et de l’assainissement, recourir à l’emprunt, mobiliser des subventions ou accroître certaines taxes locales.
Les projections montrent que le seul maintien du patrimoine existant pourrait nécessiter une hausse annuelle des tarifs comprise entre 3,5 % et 6 % jusqu’en 2040. En intégrant les investissements liés à la dépollution, l’effort pourrait être encore plus important.
Mais l’eau est un bien essentiel et toute hausse de facture soulève immédiatement des questions d’acceptabilité sociale.
Entre dette et fiscalité, des choix contraints
L’emprunt permet de répartir le coût des investissements dans le temps, mais au prix d’un endettement accru des services d’eau et d’assainissement. De leur côté, les subventions des agences de l’eau restent limitées face à l’ampleur des besoins.
Reste la taxe GEMAPI, destinée à financer la prévention des inondations et la gestion des milieux aquatiques. Son potentiel est réel mais très inégal selon les territoires. Surtout, les besoins d’investissement ne coïncident pas toujours avec les territoires disposant des ressources fiscales les plus importantes. La question n’est plus de savoir s’il faut investir, mais comment répartir l’effort entre usagers, contribuables et générations futures.
Un débat de société
Derrière la question technique du financement de l’eau se dessine un véritable choix collectif. Comment garantir une eau de qualité tout en préservant l’accessibilité du service ? Comment partager le coût de la transition entre ménages, entreprises, agriculteurs et puissance publique ?
Pour les élus locaux, l’enjeu dépasse désormais la seule gestion des réseaux : il touche à la justice territoriale, à la solidarité entre usagers et à la capacité du pays à préparer son adaptation aux défis climatiques. Car si l’accès à l’eau demeure un droit fondamental, son financement est devenu l’un des sujets les plus sensibles des politiques publiques locales.