La publication au Journal officiel de l’Union européenne de l’acte délégué fixant la nouvelle liste des Projets d’Intérêt Commun (PIC) marque un tournant sans précédent pour les infrastructures énergétiques françaises. En labellisant une série de projets portés par les opérateurs NaTran et Teréga, Bruxelles entérine officiellement ce que les experts de la filière pressentaient depuis plusieurs années : la France sera au cœur de la future dorsale hydrogène continentale.
Cette reconnaissance européenne consacre un travail de longue haleine mené par les deux opérateurs tricolores, et donne à la France un rôle géopolitique de premier plan dans la transition énergétique du continent. Alors que l’Europe cherche à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles, les réseaux d’hydrogène renouvelable s’imposent comme une priorité stratégique absolue dont la France en devient le pivot.
Le projet phare de cette nouvelle liste est sans conteste HY-FEN, artère nationale stratégique d’environ 1 000 kilomètres portée par NaTran. Partant de la Méditerranée — dans le prolongement direct du projet BarMar reliant Barcelone à Marseille —, cette infrastructure traverse l’Hexagone pour relier les grands pôles de consommation du Nord et de l’Est, ouvrant une voie directe vers l’Allemagne. HY-FEN n’est pas seulement un tuyau : c’est la colonne vertébrale d’un système énergétique nouveau, capable de transformer la géographie industrielle de l’Europe.
Complémentaire d’HY-FEN, le projet MidHY — également porté par NaTran sur 200 kilomètres — assure la connexion entre le réseau régional HySoW et cette dorsale nationale. Ce maillon d’interconnexion démontre la cohérence systémique de l’approche française : chaque projet s’intègre dans un ensemble cohérent, pensé à l’échelle continentale.
Dans le Grand Sud-Ouest, c’est Teréga qui porte le projet HySoW (Hydrogen South-West), un réseau de plus de 650 kilomètres reliant zones de production, sites d’importation et bassins de consommation au corridor H2med. Sa singularité réside dans son volet stockage : avec une capacité de 500 GWh PCS en souterrain, HySoW offre une flexibilité rare au système, absorbant les variations de production et sécurisant les approvisionnements sur le long terme. Cette dimension de stockage constitue un avantage compétitif décisif pour la France.
Vers l’Est, NaTran structure également la connexion aux bassins industriels transfrontaliers à travers quatre projets complémentaires : MosaHyc, RHYn, Hy4Link et le corridor franco-belge. Ensemble, ces infrastructures relient HY-FEN aux régions industrielles du Grand Est et prolongent le réseau vers l’Allemagne, le Luxembourg et la Belgique — trois pays au cœur de la demande industrielle européenne en hydrogène décarboné.
Au-delà de la reconnaissance symbolique, ce label PIC confère à NaTran et Teréga des avantages opérationnels concrets et immédiats. Les procédures administratives d’autorisation bénéficient d’un traitement prioritaire et accéléré, condition sine qua non pour tenir les calendriers serrés imposés par la transition énergétique. L’éligibilité au Mécanisme pour l’Interconnexion en Europe (MIE) ouvre par ailleurs l’accès à des financements européens substantiels, capables de catalyser les investissements industriels nécessaires à ces chantiers d’envergure.
Enfin, et c’est peut-être le bénéfice le plus structurant, cette labellisation envoie un signal de confiance fort à l’ensemble de la chaîne industrielle de la filière hydrogène. Producteurs, industriels, investisseurs, tous disposent désormais d’une visibilité de long terme, indispensable pour engager des décisions d’investissement de grande ampleur dans un secteur encore en phase de structuration.
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