Pendant que le débat énergétique français se focalise sur les gigawatts d’éolien en mer et les bornes de recharge pour véhicules électriques, un angle mort persiste, la chaleur. Elle représente pourtant près de la moitié de notre consommation d’énergie nationale. Et les deux tiers de cette chaleur sont encore produits en brûlant du gaz naturel ou du fioul. À l’heure où le conflit en Iran fait de nouveau flamber les prix des hydrocarbures, cette dépendance structurelle frappe de plein fouet ménages, entreprises et collectivités.
Face à cette situation, la FEDENE, fédération qui représente 1 500 entreprises de services énergétiques et 50 000 salariés, publie un plan d’urgence dont le volet décarbonation est le plus ambitieux. Non pas une liste de vœux pieux, mais 27 mesures dont 15 à mettre en place dès maintenant pour un effet immédiat, des projets identifiés, chiffrés, techniquement matures et pourtant bloqués par des obstacles souvent administratifs ou financiers.
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Premier gisement inexploité : la géothermie profonde. La France dispose de ressources géothermales parmi les plus importantes d’Europe continentale, notamment dans le Bassin parisien et le Fossé rhénan. Des projets de réseaux de chaleur alimentés par la chaleur des nappes souterraines sont en cours d’instruction dans de nombreuses collectivités. Mais ils s’accumulent sur les bureaux des services instructeurs, faute de moyens humains suffisants pour les traiter.
La FEDENE demande un renforcement ciblé de ces équipes — une mesure dont le coût pour les finances publiques est marginal au regard du potentiel débloqué. Quelques dizaines d’ETP supplémentaires pourraient libérer des centaines de mégawatts thermiques dans les prochaines années, alimentant des quartiers entiers en chaleur renouvelable locale.
Le Fonds chaleur : un outil efficace, mais sous-doté face à l’urgence
Le Fonds chaleur géré par l’ADEME est le principal mécanisme de soutien public aux projets de chaleur renouvelable : réseaux de chaleur alimentés par la biomasse, la géothermie, la récupération de chaleur fatale industrielle ou les énergies solaires thermiques. Son bilan est probant : chaque euro investi génère plusieurs fois son montant en investissements privés et en économies de gaz.
Mais dans le contexte de crise actuelle, la FEDENE juge son enveloppe insuffisante. Elle demande la création d’une enveloppe complémentaire d’urgence « décarbonation » pour absorber la demande croissante de projets, sans allonger les délais d’instruction ni faire attendre des collectivités déjà engagées.
Quatre familles de projets à accélérer dès maintenant
-Réseaux de chaleur géothermaux urbains. Alimentation de quartiers denses via des doublets géothermaux profonds. Projets techniquement matures, bloqués en phase d’instruction.
-Valorisation de la chaleur fatale industrielle. Capter la chaleur perdue par les usines, data centers et stations d’épuration pour alimenter des réseaux de chaleur locaux.
-Transition vers le chauffage collectif. Remplacer les chaudières gaz individuelles par des solutions collectives (réseaux de chaleur, PAC collectives) dans les copropriétés.
-Décarbonation thermique des process industriels. Déploiement de pompes à chaleur industrielles haute température et de solutions solaires thermiques dans les filières à forte consommation de chaleur.
Les freins à lever : ce qui bloque les projets aujourd’hui
-Sous-effectif des services instructeurs
Les délais d’instruction des projets de géothermie ou de réseaux de chaleur atteignent parfois plusieurs années. Un renforcement ciblé des équipes de l’État permettrait de libérer rapidement un volume significatif de projets.
-Enveloppe du Fonds chaleur saturée
La demande de soutien dépasse régulièrement les crédits disponibles. Des projets techniquement et économiquement viables sont reportés faute de financement public d’amorçage.
-Manque de synergies électricité/chaleur
Les solutions de stockage thermique, qui permettent de valoriser les surplus d’électricité renouvelable pour produire de la chaleur, restent peu développées faute d’incitations adaptées.
-Transition lente du parc de logements
Le remplacement des chaudières individuelles au gaz par des solutions collectives décarbonées bute sur des obstacles techniques, juridiques (droit de propriété en copropriété) et financiers.
-Sous-effectif des services instructeurs
Les délais d’instruction des projets de géothermie ou de réseaux de chaleur atteignent parfois plusieurs années. Un renforcement ciblé des équipes de l’État permettrait de libérer rapidement un volume significatif de projets.
-Enveloppe du Fonds chaleur saturée
La demande de soutien dépasse régulièrement les crédits disponibles. Des projets techniquement et économiquement viables sont reportés faute de financement public d’amorçage.
-Manque de synergies électricité/chaleur
Les solutions de stockage thermique, qui permettent de valoriser les surplus d’électricité renouvelable pour produire de la chaleur, restent peu développées faute d’incitations adaptées.
-Transition lente du parc de logements
Le remplacement des chaudières individuelles au gaz par des solutions collectives décarbonées bute sur des obstacles techniques, juridiques (droit de propriété en copropriété) et financiers.
Électricité et chaleur : des synergies à construire
L’un des angles les plus novateurs du plan FEDENE concerne le couplage entre électrification et chaleur renouvelable. La transition vers les énergies renouvelables électriques génère des surplus intermittents, car soleil et vent ne produisent pas quand on en a toujours besoin. Le stockage thermique constitue une solution élégante : convertir ces surplus en chaleur stockée, puis la restituer via des réseaux de chaleur ou des ballons d’eau chaude surdimensionnés.
Ce type de flexibilité bénéficierait à la fois au réseau électrique, en absorbant les pointes de production, et aux consommateurs de chaleur, qui disposeraient d’une ressource décarbonée moins sensible aux prix du gaz. La FEDENE plaide pour des incitations spécifiques à ces solutions hybrides, encore absentes des dispositifs de soutien actuels.
« Les solutions que nous proposons se construisent dans les territoires : c’est à cette échelle que nous pouvons piloter la consommation, et c’est là que se trouvent les ressources renouvelables — géothermie, chaleur industrielle, chaleur fatale issue des déchets, chaleur solaire, bois-énergie — que nous pourrons substituer aux énergies fossiles », souligne Pascal Guillaume, président de la FEDENE.
Un plan complémentaire de l’électrification, pas concurrent
La FEDENE tient également à préciser que ce plan de décarbonation de la chaleur n’est pas en concurrence avec le Plan national d’électrification. Les deux approches sont complémentaires. L’électricité décarbonée sera indispensable pour alimenter pompes à chaleur, chaudières électriques et solutions de stockage. Mais dans de nombreux contextes, comme les logements collectifs denses, les zones industrielles ou les quartiers anciens difficiles à rénover, les réseaux de chaleur renouvelables sont techniquement et économiquement supérieurs à toute solution purement électrique.