Récupérer l’eau de pluie, réutiliser les eaux grises, infiltrer les eaux pluviales ou traiter les eaux usées au plus près de leur production : le bâtiment et sa parcelle constituent un gisement encore largement sous-exploité. C’est le constat porté par l’ATEP, qui a présenté le 5 novembre à Paris son manifeste pour la période 2027-2032, en présence du climatologue Jean Jouzel.
Les chiffres illustrent le potentiel. Un Français consomme en moyenne 150 litres d’eau potable par jour, alors que seuls 1 à 2 litres sont destinés à la boisson. Les toilettes, le lave-linge, l’arrosage et le nettoyage représentent près de la moitié des usages domestiques et pourraient, selon les situations, être alimentés par des ressources alternatives. Autre marge de progression : la France ne réutilise actuellement que moins de 1 % de ses eaux usées traitées, contre environ 14 % en Espagne. Quant aux toitures françaises, elles reçoivent chaque année près de 8 milliards de m³ d’eau de pluie, soit une fois et demie le volume d’eau potable produit dans le pays.
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Pour passer des expérimentations au déploiement à grande échelle, l’organisation professionnelle identifie plusieurs conditions : structurer les financements, garantir la maintenance des équipements, faire évoluer le modèle économique des services d’eau et clarifier la gouvernance. Parmi ses dix propositions, l’ATEP préconise ainsi la création d’un dispositif « France Rénov’Eau », sur le modèle de France Rénov’, pour conseiller les particuliers, financer les études préalables et accompagner les installations. Elle propose également de rendre visible la performance hydrique des bâtiments, en évaluant leur consommation d’eau potable, leur potentiel de récupération des eaux pluviales et de réutilisation des eaux grises, ainsi que leurs capacités d’infiltration.
Le manifeste fixe par ailleurs un objectif de 10 % de réutilisation des eaux usées traitées d’ici à 2030 et appelle à développer la récupération de l’eau de pluie dans les projets d’aménagement. Il défend aussi une meilleure prise en compte de l’eau dès la conception des bâtiments, avec une étude de faisabilité systématique des solutions envisageables à l’échelle de la parcelle ou d’un ensemble de parcelles.
Financement, entretien et gouvernance
Plusieurs mesures concernent directement le suivi des installations. L’ATEP souhaite conditionner le raccordement au réseau public d’eau potable à une attestation de conformité des équipements intérieurs, instaurer un entretien périodique et traçable, et créer une « carte d’identité de l’eau » du logement pour conserver l’historique des équipements, des interventions et des travaux.
La réhabilitation de l’assainissement non collectif figure également parmi les priorités, avec des aides nationales ciblées et un mécanisme de provision lors de la vente d’un bien doté d’une installation non conforme.
Enfin, l’ATEP plaide pour inscrire la gestion de l’eau à la parcelle dans la planification écologique, renforcer les compétences des acteurs et réactiver le Plan d’actions national pour l’assainissement non collectif (PANANC). Croisant les contributions de Jean Jouzel, de trois parlementaires (Jean-François Longeot, Hervé Gillé et David Taupiac), de chercheurs et de professionnels, ce manifeste entend nourrir le débat présidentiel et inscrire la transition hydrique dans les politiques publiques de la prochaine mandature.