Menée pendant dix-huit mois par des entreprises adhérentes de Syntec-Ingénierie, suivie par un comité de pilotage réunissant huit financeurs de la filière, l’étude s’appuie sur une base de données consolidée et anonymisée, issue de projets réellement réalisés sur le territoire. Faute de données nationales disponibles, cette méthodologie a permis d’établir pour la première fois des ordres de grandeur robustes des investissements nécessaires à la mise en conformité.
PUBLICITÉ
Au-delà des coûts, l’étude évalue ce que la collecte et le traitement des eaux usées évitent à la collectivité : environnement préservé, traitements réduits pour produire l’eau potable, captages et écosystèmes aquatiques maintenus, littoral, eaux de baignade et activités touristiques et conchylicoles protégés. Sept catégories de bénéfices ont été monétarisées selon une méthode prudente, fondée sur le calcul des pertes évitées. Elles représenteraient plus de trois milliards d’euros par an, contre deux milliards de coûts annuels sur 2028-2045 — des bénéfices appelés à se prolonger bien au-delà de cette échéance.
La pluie, nouveau centre de gravité
La directive impose aussi une refonte de la gestion des eaux pluviales. Conçue en 1991 sur un climat aujourd’hui bouleversé, la DERU doit composer avec des pluies plus rares mais plus intenses. L’étude recommande d’intégrer une projection climatique à cinquante ans dans les modélisations hydrauliques, et privilégie la réduction à la source des volumes collectés — désimperméabilisation, végétalisation, solutions fondées sur la nature — plutôt que la seule multiplication des ouvrages de stockage.
Les Plans de gestion intégrée, clé de la dépense publique
Ces arbitrages se joueront dans les Plans de gestion intégrée, obligatoires avant 2033 pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants, puis avant 2039 pour celles de plus de 10 000. Conçus comme des schémas directeurs à vingt ans, révisés par cycles de six ans, ils détermineront territoire par territoire le coût final de la directive pour chaque collectivité.
Syntec-Ingénierie appelle à la publication simultanée, avant le 31 juillet 2027, des zones à enjeux et des règles d’application, ainsi qu’à l’anticipation des besoins en compétences dans des métiers déjà sous tension : hydraulique urbaine, modélisation des réseaux, procédés de traitement, maîtrise d’œuvre d’infrastructures.
Pilote du groupe de travail Eau de Syntec-Ingénierie, Frédéric Maurel a souligné que l’assainissement rapportait à la société bien plus qu’il ne coûtait, un résultat désormais établi par des chiffres pour la première fois en France. Un acquis qui dépendra de la qualité des diagnostics posés au cours des dix prochaines années et de la capacité collective à associer très en amont les acteurs publics de l’eau, de la voirie et de l’aménagement.