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1,5 milliard d'euros : Teréga confirme la décennie des grands projets gaziers

VERONICA VELEZ, LE 18 JUIN 2026
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1,5 milliard d'euros : Teréga confirme la décennie des grands projets gaziers
Crédit Teréga.
Renouvellement de canalisations historiques, multiplication des postes de rebours, raccordements biométhane en série, lancement des grands chantiers hydrogène et CO2 : la feuille de route de Teréga dessine un carnet de commandes dense jusqu’en 2035 pour les entreprises de travaux intervenant sur ces réseauxÀ l’occasion de la présentation de ses résultats annuels, l’opérateur de transport et de stockage de gaz du Sud-Ouest a détaillé un bilan 2025 solide et des perspectives qui ouvrent un nouveau cycle d’investissement pour toute la chaîne de sous-traitance des infrastructures gazières.

Carole Foissaud, présidente et directrice générale de Teréga depuis un an, l’a annoncé sans détour : le réseau géré par l’entreprise va connaître une décennie de travaux intenses. Sur la période 2026-2035, plus de 1,5 milliard d’euros seront investis pour améliorer et sécuriser le réseau de transport et de stockage, et pour faciliter l’injection des gaz verts. Cette enveloppe vient s’ajouter aux 166 millions d’euros déjà investis en 2025, année où la part des investissements liés à la décarbonation est passée de 9 % à 15 % du total, un mouvement appelé à s’amplifier dans les prochaines années.
« On observe une forte hausse en lien avec la stratégie de l’entreprise : les investissements liés à la décarbonation sont passés de 9 à 15 % du total de nos investissements en 2025 », précise Aurélie Oyharcabal, directrice finances, achats, juridique et développement durable de Teréga.
Pour les entreprises de travaux, ce chiffre se traduit concrètement par un volume d’appels d’offres croissant sur l’ensemble de la zone Teréga, qui couvre le Sud-Ouest de la France, de la Nouvelle-Aquitaine à l’Occitanie.
« Je crois que quand un projet a du sens, il va au bout. Et nos grands projets hydrogène et CO2 ont du sens », affirme Carole Foissaud, présidente et directrice générale de Teréga, qui revendique une trajectoire tenue malgré un contexte de marché mouvant.

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Biométhane : raccordements et rebours, un chantier qui ne s’arrête pas
Le développement du biométhane reste le moteur le plus immédiat de l’activité travaux. Teréga compte aujourd’hui 13 sites d’injection raccordés directement à son réseau de transport, et plus d’une soixantaine si l’on intègre les raccordements opérés avec GRDF et Régaz sur sa zone. L’entreprise vise un indice de gaz renouvelable de 6 % fin 2026, contre 5,2 % fin 2025, avec l’ambition d’atteindre 20 % en 2035 et 34 sites raccordés directement au réseau de transport.
Cette dynamique s’accompagne d’un programme soutenu de construction de postes de rebours - ces installations qui permettent de réinjecter dans le réseau de transport le biométhane produit localement et non consommé sur place. Trois rebours ont été mis en service en 2025 (Hoch, Moncrabeau, Boursin), trois autres sont en cours de réalisation (Aget Mot, Tarbes, Arcachon), deux sont en phase d’investissement et trois en phase d’étude auprès de la CRE. Au total, onze rebours supplémentaires sont attendus d’ici 2028-2030. Pour 2026 seul, Teréga annonce sept nouveaux contrats de raccordement biogaz et trois nouveaux postes sur son réseau.

Des canalisations historiques à remplacer
Au-delà des nouveaux raccordements, Teréga poursuit la rénovation de son réseau historique, dont certains tronçons datent d’avant 1954. Le projet REVA, un chantier de renouvellement de canalisation ancienne engagé en 2025, sera mis en service en 2026. Ce type d’opération - dépose, remplacement et remise en service de tronçons vieillissants - constitue une part récurrente du marché des travaux pour les entreprises positionnées sur l’entretien du réseau de transport, qui représente près de 5 000 km de canalisations dans le Sud-Ouest.
À noter également que Teréga identifie 370 km de canalisations dites "libérables" sur son réseau, c’est-à-dire des tronçons dont la capacité actuelle pourrait être réorientée vers le transport d’hydrogène à l’horizon 2035, une piste de reconversion qui ouvrira un nouveau type de prestations (contrôle, requalification, adaptation des matériaux).

HySoW et Barmar : deux artères de plusieurs centaines de kilomètres
Les deux grands projets de transport portés par Teréga entrent désormais dans une phase plus opérationnelle. Barmar, la canalisation sous-marine de 400 km reliant Barcelone à Marseille pour le transport d’hydrogène, passera à l’été 2026 à sa dernière phase d’ingénierie (le FEED, Front End Engineering Design). Labellisé projet d’intérêt commun par l’Union européenne, il a déjà obtenu 28 millions d’euros de fonds européens et a vu se créer la société de projet SPV Barmar, détenue à 50 % par Enagás côté espagnol et à 50 % côté français par Natran (33,3 %) et Teréga (16,7 %). Les études géophysiques ont confirmé le tracé par la route côtière. La décision finale d’investissement est attendue au premier semestre 2029, pour une mise en service en 2032.
Le projet HySoW, lui, prévoit environ 650 km de canalisations de transport dans le Sud-Ouest - dont 30 % pourraient provenir de la conversion de canalisations existantes de gaz naturel - associées à une capacité de stockage souterrain de 500 GWh près de Dax. Labellisé projet d’intérêt commun pour la première fois en 2025, HySoW a fait l’objet du dépôt d’un permis exclusif de recherche jugé recevable, actuellement en instruction au niveau national et local. Une première mise en service est visée pour 2032, en cohérence avec le calendrier de Barmar. La candidature aux subventions européennes du Connecting Europe Facility doit être déposée au troisième trimestre 2026.
Pour les entreprises de travaux publics, ces deux chantiers représentent à terme plus d’un millier de kilomètres de pose de canalisations neuves ou converties, auxquels s’ajoutent les infrastructures de stockage associées.
« Nous sommes vraiment rentrés dans le concret en 2025 », résume Carole Foissaud à propos de l’avancée de ces deux projets, citant la création de la société de projet SPV Barmar et l’obtention du label "projet d’intérêt commun" pour HySoW comme des jalons décisifs.
Une bascule que confirme également le bilan financier : « La ligne hydrogène apparaît pour la première fois cette année. Avec 3 millions d’euros, c’est modeste, c’est le démarrage, mais c’est la marque de la concrétisation de nos projets », souligne Aurélie Oyharcabal.

Le CO2, un marché de pose en construction
Troisième volet du plan stratégique de Teréga, le développement d’infrastructures de transport et de stockage de CO2 vise une longueur cumulée de 400 km de canalisations sur la zone, pour des besoins évalués à 6 millions de tonnes de CO2 capturées par an. Six accords d’exclusivité ont été signés en 2025 avec des sites industriels pour un volume de 2,5 millions de tonnes par an, et deux projets de stockage géologique, en Occitanie, près de Martres-Tolosane, et en Nouvelle-Aquitaine, font l’objet de permis exclusifs de recherche actuellement en instruction. Une présentation complète de la nouvelle stratégie CO2 de Teréga est annoncée d’ici la fin de l’année 2026.
Ce volet, encore émergent, devrait monter en puissance dans les prochaines années à mesure que les cadres réglementaires, actuellement en discussion avec la Direction générale de l’énergie et du climat, se stabilisent.

Un cadre réglementaire à préciser, des chantiers déjà engagés
Carole Foissaud a rappelé que la transposition du paquet européen sur les gaz décarbonés et l’hydrogène dans la loi française, via le projet de loi DADUE, est attendue à l’Assemblée nationale fin août ou en septembre 2026, tandis que la régulation spécifique à l’hydrogène est en cours d’élaboration par la Commission de régulation de l’énergie. Ces clarifications réglementaires, ainsi que l’élargissement des mécanismes de partage de la valeur, au-delà du tarif de 1 € la tonne de CO2 stocké déjà acté dans la loi de finances 2026, conditionnent en partie le rythme de passage à l’échelle de ces nouveaux marchés.
« Le dialogue territorial, c’est vraiment très important : s’il n’y a pas d’acceptabilité, il n’y aura pas de projet », rappelle la dirigeante, qui a lancé des concertations publiques en France et en Espagne sur le projet Barmar. Reste que le signal envoyé par Teréga est clair : entre la rénovation du réseau historique, la poursuite du maillage biométhane, le déploiement de l’hydrogène et l’émergence du CO2, le Sud-Ouest s’annonce comme un terrain d’activité durable pour la décennie à venir.


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