L’ouverture à la concurrence de SNCF impacte-t-elle le financement des travaux ? Le principe clé pour répondre à cette question réside essentiellement dans les péages. Ces derniers constituent la majorité des recettes qui financent SNCF Réseau, la filiale du groupe SNCF gestionnaire du réseau.
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Plus de concurrence entraîne plus de péages
Lors de ses résultats annuels pour l’année 2025, le groupe SNCF précisait « poursuivre son redressement opérationnel et financier porté par l’augmentation des circulations et l’intégration des nouveaux entrants. » En d’autres termes, davantage de concurrence permet de faire venir davantage de trains sur les lignes et donc de faire entrer plus de péages.
Cependant, ces nouveaux entrants rapportent des sommes encore modestes. « Chaque nouvel acteur rapporte entre 20 et 30 millions d’euros, comme c’est le cas pour Trenitalia », chiffre Patricia Perennes, titulaire d’une thèse en économie et spécialiste du ferroviaire. A titre de comparaison, l’investissement total des chantiers en 2026, chiffré par SNCF Réseau, est de 6 milliards d’euros… « Velvet devrait, quant à lui, rapporter 100 millions par an s’ils finissent par faire leur offre », ajoute Patricia Perennes.
Les nouveaux entrants sont-ils exemptés de péages ?
Il est à noter que les nouveaux entrants bénéficient bien d’une réduction des péages mais seulement lors des trois premières années d’exploitation (cette réduction concerne plus précisément la « redevance de marché » qui concerne 80 % du péage). Le but est de permettre à ces nouveaux acteurs, peu connus, de faciliter leur entrée sur le réseau français.
Cette « redevance négociée » est demandée par les nouveaux entrants auprès de SNCF Réseau. Ce dernier fait alors une offre qui doit être validée par l’Autorité de régulation des transports.
La baisse temporaire des péages n’est accordée qu’aux compagnies exerçant sur les services ferroviaires librement organisés (SLO), c’est-à-dire les lignes à grande vitesse et non sur les lignes de TER. En effet, « sur ces dernières, la facture des péages est envoyée à la région, à l’euro près », précise Patricia Perennes. Seuls Renfe et Trenitalia à ce jour ont bénéficié de réductions de péages.
Les acteurs de la concurrence se divisent ainsi en deux catégories :
- La concurrence en « open access » ou SLO pour les lignes à grande vitesse avec plusieurs acteurs sur une même ligne. On compte actuellement trois acteurs en France avec SNCF Voyageurs, Trenitalia et Renfe. Un quatrième acteur, le français Velvet, devrait arriver en 2028.
- La concurrence par appel d’offres pour les TER, avec un seul exploitant désigné pour une ligne ferroviaire. On compte également trois concurrents sur ce segment avec SNCF Voyageurs, Transdev et RATP Dev. Aucune baisse de péage n’est accordée à ces acteurs.
Le Sénat beaucoup plus réservé sur l’apport de la concurrence
Par ailleurs, on perçoit également un autre avantage de la concurrence pour les régions. La fin du monopole a en effet permis une baisse entre 20% et 30% des coûts d’exploitation du TER, abonde également le rapport sénatorial du 19 mai 2026. Avec l’argent économisé sur les contrats plus avantageux, les régions peuvent commander davantage de trains, générant plus de péages.
Sans être opposés à la concurrence, les rapporteurs pointent cependant l’accaparement des lignes les plus rentables par les acteurs concurrents alors que le groupe SNCF porte le financement de l’ensemble des investissements. « Une part substantielle des investissements dans le réseau existant est financée par les résultats de la SNCF, explique le rapport. Ce système de financement pourrait se retrouver structurellement fragilisé si les bénéfices que réalisait SNCF Voyageurs dans sa situation de monopole venaient à se réduire. »
En effet, bien que les péages représentent l’essentiel des recettes, les dividendes du groupe SNCF sont également reversés dans la régénération du réseau (via les fonds de concours). On parle ainsi de 1,5 milliard d’euros de fonds de concours en 2025. Un transfert que ne font pas les concurrents sur leurs propres bénéfices. Par ailleurs, en réduisant les marges de SNCF Voyageurs, cette filiale se trouve davantage en difficulté pour faire rouler des trains sur les lignes les moins rentables… et donc de générer des péages pour SNCF Réseau.