Certaines fonctionnalités de ce site reposent sur l’usage de cookies.
Les services de mesure d'audience sont nécessaires au fonctionnement du site en permettant sa bonne administration.
ACCEPTER TOUS LES COOKIES
LES COOKIES NÉCESSAIRES SEULEMENT
CONNEXION
Valider
Mot de passe oublié ?
BÂTIMENT - GROS OEUVRE

[Tribune] Cyril Perrin : "La prochaine fracture du BTP sera numérique !"

LA RÉDACTION, LE 10 SEPTEMBRE 2026
Archiver cet article
Newsletters
[Tribune] Cyril Perrin :  La prochaine fracture du BTP sera numérique !
Le BTP face à la fin du "tout papier"... Cyril Perrin, Directeur général exécutif et CSO d’Orisha Construction nous explique pourquoi la digitalisation devient un enjeu de survie.

Pendant des décennies, le BTP a fonctionné avec du papier. Beaucoup de papier. Des devis imprimés, des bons de commande dans des classeurs, des factures envoyées par courrier ou par mail, des feuilles d’heures remplies à la main, des plans annotés sur les chantiers, des documents administratifs stockés dans des dossiers et des informations parfois dispersées entre un bureau, un véhicule et un téléphone portable. Ce fonctionnement a longtemps tenu. Aujourd’hui, il atteint ses limites. Car derrière la question de la digitalisation du BTP se cache un changement beaucoup plus profond : dans un secteur soumis à une pression croissante sur les marges, les délais et la trésorerie, continuer à fonctionner avec des processus fragmentés et largement manuels devient un risque économique. La transformation numérique n’est donc plus un sujet réservé aux grandes entreprises du secteur. Elle devient progressivement une condition pour rester compétitif.

PUBLICITÉ
Le papier n’est pas le problème. La perte d’information, si.

Il serait facile d’opposer un BTP « traditionnel » à un BTP « moderne » et de présenter le numérique comme la solution miracle. La réalité est évidemment plus complexe.Les entreprises du bâtiment n’ont pas attendu les logiciels pour construire, gérer leurs équipes ou piloter leurs chantiers. Et le papier reste parfois parfaitement adapté à certains usages de terrain. Le véritable problème apparaît lorsque l’information est éclatée. Un devis est enregistré à un endroit. Une modification décidée sur le chantier reste dans un échange de mails. Une photo est envoyée par SMS ou messagerie instantanée. Un bon d’intervention attend d’être transmis au bureau. Une facture fournisseur doit être ressaisie. Une information connue du conducteur de travaux n’est pas immédiatement accessible à la comptabilité. Individuellement, ces situations semblent anodines. Additionnées à l’échelle de dizaines de chantiers, de centaines de fournisseurs et de milliers de documents, elles deviennent un véritable coût caché. Le danger du “tout papier” n’est finalement pas le papier lui-même : c’est l’impossibilité de disposer d’une information fiable, accessible et exploitable au bon moment.

Dans le BTP, quelques heures de retard peuvent avoir un coût considérable

Le secteur possède une particularité : le terrain et le siège vivent souvent à deux rythmes différents. Or, une entreprise ne peut plus se permettre d’attendre plusieurs jours pour connaître précisément l’avancement d’un chantier, identifier un dépassement budgétaire ou constater qu’une facture n’a pas été traitée. Lorsque les marges sont contraintes, chaque retard de transmission compte. Une commande passée mais mal enregistrée, une prestation supplémentaire non facturée, une erreur de saisie, un document manquant ou une validation qui tarde peuvent sembler insignifiants. Pourtant, leur accumulation finit par peser directement sur la rentabilité. C’est précisément ici que la digitalisation change de nature. Elle ne consiste plus simplement à remplacer une feuille de papier par un écran. Elle consiste à réduire le temps qui sépare ce qui se passe réellement sur le chantier de ce que l’entreprise est capable d’en savoir. Et ce temps est devenu stratégique.

La facturation électronique va accélérer une transformation déjà inévitable

La généralisation progressive de la facturation électronique constitue à ce titre un formidable révélateur. Certains acteurs pourraient être tentés de considérer cette évolution comme une contrainte réglementaire supplémentaire à absorber. Ce serait une erreur. Car la facture n’est que l’extrémité d’une chaîne beaucoup plus longue. Pour produire une information financière fiable, encore faut-il que les devis, commandes, achats, interventions, situations de travaux et validations soient correctement suivis en amont. Autrement dit, digitaliser uniquement la facture sans repenser la circulation de l’information dans l’entreprise revient à numériser la dernière étape d’un processus qui reste, lui, profondément fragmenté. La réforme agit donc comme un accélérateur. Elle oblige les entreprises à s’interroger sur leurs outils, mais surtout sur leurs processus. Comment l’information entre-t-elle dans l’entreprise ? Qui la valide ? Où est-elle stockée ? Est-elle ressaisie ? Peut-elle être retrouvée facilement ? Les équipes terrain et administratives disposent elles de la même donnée ? Ces questions vont devenir incontournables.

Le chantier doit enfin parler le même langage que le bureau

C’est probablement l’un des principaux défis numériques du BTP. Pendant trop longtemps, la transformation digitale a été pensée depuis les fonctions administratives. Or le cœur de l’activité reste le chantier. Un outil qui fonctionne parfaitement au siège mais que les équipes terrain n’utilisent pas ne transforme rien. La véritable révolution consiste donc à créer une continuité de l’information entre ceux qui construisent, ceux qui pilotent et ceux qui administrent. Cela suppose des solutions simples, mobiles et adaptées aux réalités opérationnelles. Car la digitalisation ne réussira pas contre les professionnels du terrain. Elle réussira avec eux. Le meilleur outil n’est pas celui qui possède le plus de fonctionnalités. C’est celui qui permet à l’information de circuler sans ajouter de complexité à ceux qui doivent la produire.

Digitaliser pour gagner du temps… mais surtout pour mieux décider

On présente encore trop souvent la digitalisation sous l’angle du gain de productivité. C’est réel, mais insuffisant. Son principal intérêt réside peut-être ailleurs : dans la capacité à transformer une masse d’informations opérationnelles en outils de décision. Quel chantier dérive ? Quelle activité est réellement rentable ? Quels achats augmentent ? Où les délais se détériorent-ils ? Quelle est la situation réelle de la trésorerie ? Quelle charge peut absorber l’entreprise dans les prochaines semaines ? Lorsque les données sont dispersées, les dirigeants pilotent en partie dans le rétroviseur. Lorsqu’elles remontent rapidement et sont correctement structurées, ils peuvent anticiper. Et dans un environnement économique incertain, passer de la réaction à l’anticipation constitue un avantage compétitif majeur.

La prochaine fracture du BTP sera numérique

Toutes les entreprises du secteur ne se digitaliseront pas au même rythme. Et elles n’en ont pas nécessairement besoin. Une PME familiale, un artisan et un grand groupe ne disposent ni des mêmes moyens ni des mêmes contraintes. Mais une fracture est en train d’apparaître. Elle ne séparera pas simplement les entreprises « digitalisées » des autres. Elle séparera surtout celles capables d’exploiter rapidement leurs informations de celles qui continueront à perdre du temps à les rechercher, les ressaisir, les vérifier et les transmettre. Dans un secteur confronté à des tensions sur les coûts, les recrutements, les délais et les marges, cette différence pourrait devenir considérable. La fin du « tout papier n’est donc pas une révolution technologique. C’est une révolution organisationnelle. Et les entreprises qui l’auront compris ne seront pas nécessairement celles qui auront adopté le plus d’outils. Ce seront celles qui auront réussi à supprimer les frictions inutiles, à reconnecter le chantier au bureau et à faire circuler la bonne information au bon moment. Dans le BTP de demain, le numérique ne construira évidemment pas les bâtiments. Mais il pourrait bien déterminer quelles entreprises seront encore suffisamment solides pour les construire.






PARTAGER :
Toute l'information de cette rubrique est dans : Prescription Béton
Le magazine pour les professionnels du béton durable, enquêtes et réalisations, science et techniques innovantes.
Découvrir nos newsletters →
À LIRE ÉGALEMENT
Alkern : le credo de l’innovation au service des collectivités et des travaux publics
Alkern : le credo de l’innovation au service des collectivités et des travaux publics
SMABTP renforce sa direction générale
SMABTP renforce sa direction générale
OPPBTP : Alexandre Martin nommé DRH
OPPBTP : Alexandre Martin nommé DRH
Agilis et Paebbl annoncent un partenariat pour réduire l'empreinte carbone des bétons extrudés
Agilis et Paebbl annoncent un partenariat pour réduire l'empreinte carbone des bétons extrudés
TOUS LES ARTICLES BÂTIMENT - GROS OEUVRE
Les plus lus