Métro de Toulouse, tunnel Euralpin Lyon-Turin, Eole, Grand Paris Express, métro de Rennes… durant ces dix dernières années, l’activité des travaux souterrains a été multipliée par quatre, avec un chiffre d’affaires (génie civil) qui est passé de 500 millions d’euros à 2 milliards par an. « Outre les usages historiques liés aux transports publics décarbonés, au transport et au stockage des eaux potables et usées, etc., les ouvrages souterrains ouvrent en effet un champ de solutions nouvelles pour relever les défis qui se présentent à nos sociétés », souligne Hubert Tournery, Président de l’AFTES. Le transport et les stockages sécurisés des énergies, des déchets ultimes, la sûreté et la pérennité des installations sensibles et stratégiques, la mutualisation des usages pour des projets à « utilité maximum », condition essentielle dans un contexte exigeant sobriété et durabilité pour les futures infrastructures, sont autant d’enjeux pour lesquels le souterrain peut apporter les réponses.
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Le manque de continuité, un frein aux grands projets
Si les perspectives d’usages sont nombreuses, l’AFTES pointe un problème récurrent : l’instabilité des projets d’utilité publique. « On constate de plus en plus de projets souterrains qui sont étudiés, puis abandonnés, puis ré-étudiés quelques années plus tard », déplore Hubert Tournery. Un constat d’autant plus préoccupant que « les projets souterrains se construisent sur des durées très longues et la continuité est essentielle pour notre secteur ». Interrogé sur les perspectives du marché, Philippe Millard se montre prudent : « Nous ne sommes pas sans perspectives, loin de là. Mais tout dépendra de la capacité à les financer. Il y a donc une certaine incertitude sur le marché ».
Grand Paris : un accélérateur de savoir-faire
Un motif de satisfaction, en revanche : les progrès accomplis en matière de maîtrise des risques sur les chantiers. « Il y a eu une évolution énorme en France sur ce point », souligne Hubert Tournery, qui y voit le fruit d’un travail collectif. « C’est l’investissement collectif des entreprises qui permet de cristalliser l’expérience pour avancer ». Et les chantiers du Grand Paris Express sont d’ailleurs cités en exemple avec des « retours d’expérience qui ont fait énormément progresser le secteur ». Parmi les défis techniques à souligner, reste la nature profondément incertaine du sol que l’on creuse. « Le sous-sol reste incertain, c’est la nature, donc c’est complexe. « Il est presque plus facile d’envoyer des missions dans l’espace, où tout est calculé », ironise Hubert Tournery. D’où un enjeu identifié comme majeur pour les années à venir : « Notre capacité à mieux connaître le sous-sol, à mieux analyser les données et à les extrapoler ».
Un congrès sous le signe du partage
La vocation de l’AFTES repose sur deux piliers rappelés par Hubert Tournery : « Le premier, c’est de partager les connaissances et les avancées technologiques pour progresser collectivement et offrir à la France des ouvrages maîtrisés. « Construire ensemble pour progresser, c’est vraiment notre philosophie ». Le second axe concerne la transmission auprès des plus jeunes générations. « Nous nous attachons à promouvoir les travaux souterrains, notamment auprès des jeunes et des écoles », poursuit-il, « ces travaux sont complexes, et c’est justement ces défis techniques qui attirent les jeunes ingénieurs ». Cette année, le thème général du Congrès sera décliné en insistant sur les solutions durables face aux enjeux environnementaux, énergétiques et de sûreté, les innovations technologiques et nouvelles techniques dans les travaux souterrains, la ville souterraine et ses applications dans la gestion urbaine, la santé et la sécurité des travailleurs dans les environnements souterrains, les défis financiers et organisationnels des grands projets souterrains et l’avenir des infrastructures souterraines. Ces 3 jours proposeront 75 conférences, 150 exposants, plus de 3000 visiteurs et la présence de 30 pays. et une grande exposition permettra la présentation et le contact des spécialistes. « Nous remarquons pour cette édition la présence notable de nombreux pays africains, dont le Nigéria », souligne Philippe Millard. L’Europe de l’Ouest sera également mise à l’honneur. Une journée de formation portant sur l’eau et les travaux souterrains précédera l’ouverture du congrès le dimanche 11 octobre 2026. Des journées spécifiquement réservées aux étudiants, un concours photos et d’autres animations compléteront le programme de ce congrès.