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BTP, énergie, concessions : les majors européens résistent, mais les marges s'érodent

LA RÉDACTION, LE 17 JUILLET 2026
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BTP, énergie, concessions : les majors européens résistent, mais les marges s'érodent
Chiffre d’affaires en hausse de 7 %, marges qui s’infléchissent pour la première fois depuis 2020, écarts de carnets dépassant 30 points entre concurrents : la 15ᵉ édition de l’étude Forvis Mazars consacrée aux majors européens du BTP, de l’Énergie, de l’Immobilier et des Concessions, dessine un secteur toujours en croissance, mais désormais traversé de fractures. Décryptage des cinq enseignements qui redéfinissent les équilibres du marché.

Treize groupes, un même contexte géopolitique tendu, et pourtant des trajectoires de plus en plus divergentes. C’est le constat que dresse Forvis Mazars dans sa dernière étude annuelle consacrée aux performances 2025 des majors européens du secteur, Vinci, Bouygues, Eiffage, ACS, Ferrovial, SPIE, Strabag et leurs pairs. Après plusieurs années de reprise homogène post-Covid, le millésime 2025 marque une bascule : la croissance se poursuit, mais elle cesse de profiter uniformément à tous les acteurs.
Source : Documents d’enregistrement universel des groupes et Bloomberg
 
Une croissance de 7 % qui ne cache plus les écarts
Aucun des treize groupes du panel n’enregistre de recul d’activité en 2025, le chiffre d’affaires progressant de 7 % en moyenne. Cette résilience s’appuie sur des carnets de commandes toujours étoffés et le maintien des investissements en infrastructures à l’échelle internationale, illustré par le développement d’ACS sur les data centers et les usines de batteries aux États-Unis.
Mais l’homogénéité s’arrête là. ACS caracole en tête avec une croissance de 20 %, portée notamment par l’acquisition de Dornan Engineering, tandis que Balfour Beatty et Webuild suivent autour de 15 %, cette fois tirés par leur croissance organique. À l’inverse, les groupes français affichent une progression plus modérée, de 4,5 % en moyenne, pénalisée par la stagnation de Bouygues en phase de stabilisation post-intégration d’Equans. Plusieurs opérations ciblées viennent toutefois soutenir la dynamique tricolore, à l’image des rachats de HSM Offshore Energy par Eiffage, d’Artemys par SPIE ou de FM Conway par Vinci. Le positionnement géographique et sectoriel, ainsi que la capacité à activer la croissance externe, deviennent les véritables discriminants de performance.

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-0,2 point : la marge moyenne se retourne après quatre ans de hausse
Signe le plus significatif du millésime, la marge opérationnelle moyenne du panel recule légèrement, de 0,2 point, mettant fin à quatre années consécutives d’amélioration. Ce repli agrégé masque des situations très contrastées : Mundys perd 3,5 points sous l’effet d’un change défavorable en Amérique latine et de mouvements de portefeuille d’actifs, quand Acciona en gagne 2,5 grâce à des cessions d’actifs dans l’énergie.
Au-delà de ces cas extrêmes, une tendance de fond se dessine : la croissance ne se traduit plus automatiquement en gains de rentabilité. Le poids du BTP dans le mix d’activités et le repli des concessions accentuent cette pression, partiellement compensés par la bonne tenue de l’énergie. Les groupes français résistent mieux que la moyenne, avec une marge en légère progression de 0,1 point. Face à l’essoufflement des leviers traditionnels de rentabilité, la différence se joue désormais sur l’exécution : automatisation, standardisation et digitalisation des processus de conception et de pilotage de chantier deviennent des leviers de rentabilité à part entière, dans un contexte de raréfaction de la main-d’œuvre qualifiée.

Plus de 30 points d’écart : le carnet de commandes change de sens
Le carnet de commandes du panel progresse de 7 %, un rythme toutefois inférieur à celui de l’activité, signe d’un ralentissement progressif. Mais la vraie rupture est ailleurs : entre Strabag, en hausse de 23,7 %, et Skanska, en repli de 9,5 %, l’écart dépasse désormais 30 points. Balfour Beatty (+23,4 %) et SPIE (+17,9 %) complètent le trio de tête, portés par des moteurs différents — exposition aux grands projets d’infrastructures pour le premier, positionnement sur les services liés à la transition énergétique pour le second.
À l’autre bout du spectre, Webuild recule de 7,6 % sous l’effet d’un cycle de grands projets, tandis que Skanska affiche une sélectivité commerciale plus marquée dans la prise de nouvelles affaires. Longtemps révélateur d’une tendance sectorielle partagée, le carnet de commandes devient ainsi le reflet des choix stratégiques propres à chaque groupe plutôt que de la santé générale du marché.

L’énergie, seul moteur de rentabilité, face au décrochage de l’immobilier
La diversification sectorielle des majors reste stable en 2025, le BTP conservant un poids de 55 % de l’activité totale, freiné par la crise de l’immobilier résidentiel (-12 %) qui pèse mécaniquement sur les activités bâtimentaires. Le secteur Énergie & Services, qui représente désormais 29 % de l’activité du panel, confirme en revanche son rôle de moteur, avec une croissance proche de 7 % et une marge en hausse de 1,8 point, à 6,8 %.
Les quatre groupes français se distinguent nettement sur ce segment, avec 77 % du chiffre d’affaires énergie généré par le panel et une croissance moyenne de 5,5 %. Ce dynamisme s’inscrit toutefois dans des cycles de décision plus longs, du fait de la multiplication des parties prenantes, du poids croissant des études d’impact environnemental et des incertitudes persistantes sur les prix de l’énergie et les mécanismes de subvention. Les concessions, à l’inverse, voient leur marge reculer de 4,2 points sous l’effet d’une hausse des coûts d’exploitation non pleinement compensée par la croissance du trafic et les revalorisations tarifaires. Au global, la part de l’activité réalisée à l’international atteint 65 %, principal relais de croissance face à des marchés domestiques contraints — mais aussi facteur d’exposition accru aux tensions géopolitiques.

88 % des émissions hors du contrôle direct des groupes
À cinq ans de l’échéance 2030, la décarbonation s’impose comme un enjeu de compétitivité à part entière. Les données 2025 confirment la très forte prépondérance du Scope 3, qui représente en moyenne 88 % des émissions du panel, contre 70 à 95 % selon les acteurs. L’essentiel de l’empreinte carbone du secteur demeure ainsi concentré au-delà du périmètre opérationnel direct des groupes, à savoir, les matériaux, fournisseurs, usage des ouvrages.
L’effort restant à fournir d’ici 2030 demeure conséquent : 36 % de réduction en moyenne sur les scopes 1 et 2, 29 % sur le scope 3. Certains groupes ont pris une avance notable, à l’image de Ferrovial, Vinci, Skanska ou SPIE, quand d’autres, comme ACS ou FCC, affichent des trajectoires plus incertaines. Les quatre acteurs français du panel parviennent collectivement à réduire leurs émissions de 5 % entre 2024 et 2025, en s’appuyant sur des leviers différenciés : SPIE engage près de 68 % de ses fournisseurs dans des démarches de réduction, tandis que Vinci et Bouygues misent sur une transformation plus large de leurs pratiques de construction et de leurs chaînes d’approvisionnement.

Une sélectivité mise à l’épreuve
L’exercice 2025 s’est achevé sur des fondamentaux solides. Mais les premières semaines de 2026, marquées par la poursuite des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, introduisent une incertitude d’une autre nature : moins un cycle économique lisible qu’une imprévisibilité durable à intégrer aux trajectoires. La sélectivité que les majors ont érigée en réponse en 2025 s’en trouve interrogée : jusqu’où sécuriser les portefeuilles sans se couper des segments les plus porteurs, énergie et infrastructures stratégiques, dont les besoins pourraient au contraire s’intensifier ? Dans un secteur historiquement bâti sur la visibilité, l’avantage concurrentiel pourrait bien se déplacer vers les groupes capables de décider vite et de faire de l’incertitude un atout stratégique durable.


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