Témoignage de l’architecture moderne du XXe siècle, les Halles du Boulingrin à Reims inaugurées en 1929, ont été construites à l’époque, avec de nouveaux matériaux et des techniques de construction en béton inventées par Eugène Freyssinet. En 1988 pourtant, le monument est alors fermé au public car dans un état de délabrement avancé. Après 24 ans d’abandon, les Halles sont aujourd’hui enfin restaurées et seront inaugurées le 14 septembre prochain.
Résolument modernes, les Halles, surmontées d’un evoûte de béton d’à peine 7 cm d’épaisseur, ont été dessinées par l’architecte Emile Maigrot, puis réalisées par la société Limousin, pour laquelle travaille l’ingénieur Eugène Freyssinet. Au coeur de la vie du quartier, elles se dégradent pourtant trop vite et frôlent, dans les années 1980, la démolition. Sauvées de justesse entre 1988 et 1990, sur l’impulsion de Jack Lang, elles seront classées d’office au titre des monuments historiques le 9 janvier 1990. Depuis lors, elles attendaient leur restauration.
Un chantier titanesque
Deux ans et demi de travaux, sous la maîtrise d’ouvrage de la Ville de Reims et la maîtrise d’oeuvre de François Chatillon, 19 lots et 47 entreprises, 60 ouvriers au quotidien, 600 tonnes d’échafaudage, 900 m² de verres armés, 2 150 pavés de verre, 33 000 m² de béton... Le chantier de restauration des Halles a été, tout comme le chantier initial de 1927, un chantier hors normes pour lequel il a fallu être à la pointe de la technique et résoudre des équations insolubles : comme ce défaut de ventilation de l’intrados de la voûte, reconnu en 1957 par Eugène Freyssinet lui-même et à l’origine de la dégradation prématurée de la voûte.
Des défis à relever
Le plus important à relever était sans doute la maîtrise de l’hygrométrie. En un mot, éviter que les bétons ne soient trop poreux à l’eau et que les aciers ne se corrodent. Une protection cathodique a ainsi été installée sur les murs du sous-sol tandis que l’ensemble des bétons des structures et de la voute ont été badigeonnés d’un inhibiteur de corrosion. Un béton fibré ultra-haute performance (BEFUP) a été utilisé pour les armatures des voûtains et tympans ou encore un composite ciment vert pour remplacer le « LAP » d’origine. Et c’est assez rare, 900 m² de verres armés jaunes ont été coulés en Pologne pour se rapprocher au mieux de leur couleur d’origine. Quant aux carrelages et faïences des étals historiques, quand la restauration n’était pas possible, ils ont été contretypés par le fournisseur d’origine, les Céramiques du Beaujolais : de quoi être au plus près, là encore de l’ambiance originelle du monument. Enfin, toujours pour laisser leur « grain » aux Halles, les couleurs, typographies ont été soigneusement pensées… jusqu’aux traces de coffrage sur la voûte, typiques de la technique de construction utilisée sur le chantier de 1927.
Les surfaces restaurées > Pavillons : 800 m² > Rez-de-chaussée, sous la voûte : 4 500 m² > Mezzanines : 1 400 m² > Boutiques : 300 m² de surface de vente 300 m² de réserves
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