France BTP : Votre cours en Bourse retrouve un niveau qu’on ne lui avait pas connu depuis plusieurs mois. A quoi attribuez-vous ce rebond ?
Jean-Christophe Giroux : Si vous regardez sur une échelle plus large, vous relativiserez cette hausse avec la chute très sévère du printemps. Le cours de l’action a alors été massacré. L’accumulation de problèmes qui ont assailli l’entreprise (ndlr : endettement, acquisition de Gehl, etc.), a poussé des gens à « cramer du Manitou » en bourse en pensant que l’entreprise allait tout simplement s’effondrer et mettre la clé sous la porte. Le travail effectué sur la restructuration de la dette a ramené la confiance.
France BTP : On évoque aussi le cas de Caterpillar qui publie des chiffres rassurants. Est-ce un point positif pour l’image financière du secteur ?
J. C. Giroux : Vous savez, l’hirondelle Caterpillar ne fait pas le printemps. Ils se sont fait l’écho d’une sérénité retrouvée. Je préfère rester modeste et me baser sur les nouvelles que nous donnons quant à notre santé financière retrouvée
France BTP : Ces différentes hausses sont-elles le signe annonciateur de la reprise ?
J. C. Giroux : Je n’aime pas parler d’une reprise globale. Je vois plutôt des reprises de profils, timing et débit différents. Ce seront des micro-événements un peu partout. Il faudra être très attentif. Toutefois, il ne faut pas se voiler la face, des pans entiers de notre activité seront durablement sinistrés comme la construction individuelle aux Etats-Unis ou en Espagne. D’un autre côté, dans l’industrie, les besoins sont là et les achats ne pourront pas être différés indéfiniment. Il faudra être sur le coup.
France BTP : Quels ajustements allez-vous faire ?
J. C. Giroux : Nous devons d’avantage penser au client, et plus autant aux machines, comme c’était le cas auparavant. Il faut améliorer cela. De plus, nous devons gommer la passivité des mentalités. Nous avons de vrais atouts. A moi de les mettre en avant pour faire avancer Manitou.
France BTP : Le départ de Bruno Fille, figure incontournable de l’entreprise depuis 12 ans, est-il lié à cette nouvelle politique ?
J. C. Giroux : Vous voulez savoir si je l’ai poussé vers la sortie, la réponse est clairement non. Devant le travail formidable qu’il a accompli dans la restructuration de la dette et les négociations avec les banques, j’aurais vraiment préféré le voir rester. Lorsqu’il est arrivé chez Manitou, il a œuvré à la création du Directoire. Marcel Claude Braud a alors pris les rênes de l’entreprise et a choisi Bruno Fille pour devenir le n°2. Lorsque je suis arrivé, j’ai constaté que cette organisation avait atteint ses limites et que le retour à un conseil d’administration s’imposait. Son départ est une décision personnelle que je regrette car il a apporté beaucoup à l’entreprise.
Les départs successifs de Marcel Claude Braud et de Bruno Fille ne sont liés qu’à la mise en place d’une structure qui va permettre à Manitou de retrouver sa place.