Patrick Bernasconi, président de la FNTP (Fédération nationale des travaux publics), révélait hier les résultats 2012 et les perspectives 2013 pour le secteur : après 3.000 destructions d’emplois cette année, la Fédération anticipe 5.000 pertes supplémentaires en 2013 avec l’accentuation de la baisse d’activité.
De fait, l’activité des travaux publics a décliné de 1,5% en 2012, soit 39,9 milliards d’euros constants (41 milliards en euros courants), ce qui ramène le chiffre d’affaires du secteur au niveau de l’année 2001. "La baisse d’activité entamée en 2008 se poursuit et la récession devrait s’accentuer en 2013, avec un chiffre d’affaires prévu de 38,9 milliards d’euros, accompagné de la perte de 5.000 emplois supplémentaires", analyse Patrick Bernasconi. "Toutefois la situation est très hétérogène selon les métiers, les clients ou les zones géographiques. Ainsi, l’activité a baissé de 25% dans le Limousin mais a progressé de 25% en région parisienne. Les commandes des collectivités locales, qui représentent 45% de l’activité du secteur, ont baissé de 1% cette année et devraient encore céder 2,5% l’an prochain. Celles du secteur privé ont chuté de 5% et nous anticipons un nouveau recul de 9% l’an prochain." Enfin, la FNTP pointe la dégradation progressive des infrastructures, faute d’investissements consentis à leur entretien. "On enregistre aujourd’hui 30% de fuites dans les réseaux d’adduction d’eau potable", s’alarme Patrick Bernasconi, "les crédits de l’Etat alloués à l’entretien routier ont été divisés par deux entre 2008 et 2012."
Les financements à nouveau sécurisés
Toutefois, la FNTP trouve quelques motifs de satisfaction au premier rang desquels Patrick Bernasconi retient la réforme du financement des collectivités locales : "Les conditions d’accès au crédit sont en train d’être résolues et nous n’avons pas basculé dans le blocage complet qui menaçait 20.000 emplois. Nous avons été entendus et une nouvelle banque des collectivités est en train de se constituer. Pour les prêts à courts et moyens termes, la Banque Postale est désormais dotée d’une enveloppe beaucoup plus importante, avec un potentiel de 5 milliards d’euros, voire 2 milliards de plus avec le nouvel établissement de crédit." Et pour les financements de long terme (vingt à quarante ans) ? "La Caisse des Dépôts et Consignations dispose de 20 milliards issus des surplus de collecte du Livret A à consacrer aux projets d’infrastructures", assure le président de la FNTP. "Nous demandons un changement de la loi qui améliorerait le système : il faudrait que les banques puissent prêter directement sur ces fonds collectés au titre du Livret A sans avoir à les remonter à la Caisse des Dépôts". Mais si, comme l’assure la FNTP "L’argent est là !", les projets d’investissement des collectivités locales sont à un niveau anormalement bas (-1% en 2012, -2% prévus en 2013), surtout à la veille des élections municipales. "Au lendemain des élections, après un pic d’investissements, le cycle est généralement autour de -10%. Or nous sommes déjà dans le rouge", prévient Patrick Bernasconi.
Se connecter à l’Europe
Autre point positif : le travail de la commission Mobilité 21, chargée de trier, élaguer et prioriser les projets du schéma national des infrastructures de transport (SNIT), représentant 260 milliards d’euros de travaux. "Les conclusions de cette commission seront rendues au printemps. Nous attendons un plan clair donnant de la visibilité sur l’activité des dix ans à venir et surtout à l’horizon 2016-2017, quand s’achèveront les projets actuels", commente le président de la FNTP avant de plaider pour une meilleure intégration des infrastructures à dimension européenne sur le territoire national : "La France a besoin de se connecter aux grands réseaux européens, maritimes et ferroviaires. Il ne faut pas qu’ils s’organisent sans elle !". Sont notamment en cause le canal Seine-Nord, le port du Havre, Lyon-Turin, etc. Autant dire que les conclusions de la commission Mobilité 21 sur ces sujets seront très attendues.