Le contexte économique pèse désormais directement sur la formation. Après plusieurs années marquées par une forte dynamique de l’apprentissage, les entrées reculent, tandis que les entreprises du bâtiment, des travaux publics et du négoce doivent composer avec une activité moins soutenue et des besoins de renouvellement qui restent importants. En tant qu’OPCO, Constructys accompagne les entreprises dans leurs politiques de formation, d’apprentissage et de développement des compétences et se trouve donc au cœur de cette équation. « L’apprentissage est plutôt en baisse, et il le sera encore en 2026 », lance Christophe Possémé, président de Constructys. Une situation particulièrement préoccupante pour les premiers niveaux de qualification. « Le niveau 3, c’est l’entrée en apprentissage. Or le bâtiment a une particularité : 60 % de nos contrats d’apprentissage sont des niveaux 3. Ceux-là s’érodent. Cela veut dire que, dans deux ou trois ans, nous paierons cette baisse. La trajectoire est écrite et on ne pourra pas faire machine arrière », poursuit-il.
PUBLICITÉ
La nouvelle COM 2026-2028, signée début juillet, entend répondre à cette situation en renforçant notamment l’accompagnement des entreprises, l’alternance, l’insertion, la transition écologique et numérique et l’anticipation des compétences. Car l’apprentissage n’est qu’une des voies d’accès aux métiers. Constructys insiste également sur les parcours de reconversion et de retour à l’emploi. « 50 % de nos effectifs dans les entreprises du bâtiment viennent de la formation initiale, c’est-à-dire de l’apprentissage. Mais 50 % viennent aussi de la réinsertion, des personnes qui sont parties dans un autre secteur et qui reviennent dans le bâtiment à 25 ou 30 ans. Nous devons donc avoir des passerelles financées pour favoriser cette réinsertion », explique encore Christophe Possémé. Dans cette logique, le président défend également le contrat de professionnalisation, qu’il considère comme complémentaire de l’apprentissage.
Le sujet de l’insertion apparaît d’autant plus sensible que les dispositifs se contractent. Sébastien Bouleau, directeur général de Constructys, évoque une baisse de 40 % des emplois liés à l’insertion dans les travaux publics depuis 2021 et de 27 % dans le bâtiment.
« Je ne dis pas qu’il ne faut pas faire un effort pour structurer, professionnaliser et gagner en efficience sur le sujet. Mais quand on réduit les moyens financiers, cela aura malheureusement, à deux, trois ou quatre ans, un effet très négatif sur l’insertion », regrette-t-il. Pour Constructys, cette évolution intervient alors que les secteurs de la construction restent en capacité d’accueillir des personnes sans qualification et constituent donc un point d’entrée important vers l’emploi.
Plus d’efficience, mais aussi plus de contrôles
La nouvelle convention intervient également dans un contexte de maîtrise accrue des dépenses des opérateurs de compétences. Constructys revendique une amélioration de ses processus, notamment grâce à la digitalisation et à l’intelligence artificielle. L’organisme gère environ 1,3 milliard d’euros, dont près de 950 millions consacrés à l’apprentissage et 350 millions à la formation continue.
Cette recherche d’efficience s’accompagne d’un renforcement des contrôles. Constructys indique avoir développé ses dispositifs de lutte contre la fraude, auprès des organismes de formation comme des entreprises, avec des résultats encourageants. Christophe Possémé souhaite notamment aller au-delà des seuls contrôles administratifs. « Aujourd’hui, Qualiopi repose essentiellement sur de l’administratif. Il n’y a pas suffisamment de contrôle sur site. Nous devons être capables de monter le degré de contrôle sur les organismes de formation. », reprend-t-il. Le président de Constructys appelle également l’État à donner aux acteurs chargés du contrôle des moyens juridiques supplémentaires, martelant que ce « rôle de gendarme » ne revient pas à Constructys.
Parallèlement, l’OPCO met en avant sa certification ISO 9001, obtenue auprès d’Afnor. « Être le premier opérateur de compétences à être certifié, cela affiche quand même une certaine mesure de notre fonctionnement », souligne de son côté Sébastien Bouleau.
Les TPE face au défi du renouvellement
Autre priorité de la COM : mieux accompagner les TPE-PME. Dans des entreprises souvent réduites à quelques salariés, l’absence d’un collaborateur pour suivre une formation peut désorganiser directement l’activité. « Les TPE sont le cœur des entreprises du bâtiment, des travaux publics et du négoce. C’est souvent une entreprise de 3 ou 4 personnes avec un chef d’entreprise directement sur le chantier. Quand un collaborateur part en formation, cela déstructure le chantier. C’est donc aussi à nous de nous adapter à cette réalité », assure le président. Constructys veut ainsi développer une approche pluriannuelle des compétences, notamment pour anticiper les départs et les besoins de remplacement. « Nous sommes face à un changement de population dans nos entreprises et à un renouvellement d’une partie importante de nos effectifs dans les dix prochaines années. Nous devons être proactifs et dire aux TPE : votre collaborateur va peut-être partir dans 3 ou 4 ans, que mettez-vous en place pour renouveler vos effectifs ? », reconnait Christophe Possémé
L’opérateur indique par ailleurs avoir engagé 17 millions d’euros d’investissement en 2026 pour accompagner les centres de formation, dans un contexte de retrait de certains cofinancements régionaux. Sur les niveaux de prise en charge de l’apprentissage, il souhaite poursuivre le travail avec les branches et plaide pour un mécanisme d’actualisation des financements.
Au-delà des dispositifs, Christophe Possémé veut remettre en avant l’attractivité des métiers : « Nous sommes encore l’une des professions où l’on peut faire de l’ascension sociale par la main. » Une manière de rappeler que derrière les arbitrages de financement se joue aussi la capacité des entreprises à renouveler durablement leurs compétences.