Répondre ou non à un marché ? Avec quels partenaires ? Face à quelles équipes ? Pour les agences d’architecture, bureaux d’études et autres acteurs de la maîtrise d’œuvre, ces questions précèdent désormais toute candidature, même si les réponses restent souvent fondées sur des réseaux professionnels constitués au fil des années.
L’analyse de plus de 75 000 projets et 21 000 entreprises, réalisée par la plateforme Irma, met en lumière un angle mort de la commande publique : la difficulté à disposer d’une vision globale du marché avant de mobiliser une équipe sur une candidature. « Nous sommes probablement en train d’assister au passage d’une culture de la réponse intensive à une culture de la réponse stratégique », estime Étienne Bourdais, fondateur d’Irma.
Une réponse à un appel d’offres mobilise plusieurs métiers (architectes, ingénieurs, économistes, paysagistes) et peut représenter plusieurs jours de travail. L’enjeu n’est donc plus seulement de produire une candidature solide, mais de déterminer en amont si l’investissement est pertinent. « Une bonne équipe ne suffit pas nécessairement à gagner un projet. Il faut aussi comprendre dans quel environnement concurrentiel elle se positionne et avec quelles compétences elle peut construire la bonne association », souligne encore le dirigeant.
La complexification des opérations modifie aussi les pratiques de groupement : les projets exigent un nombre croissant de compétences, parfois des partenaires spécialisés ou implantés sur un territoire précis. Les habitudes de collaboration restent un atout, mais elles peuvent aussi limiter le champ des possibilités. La donnée permet alors de reconstituer une partie de cette histoire, les projets réalisés, références, spécialisations, collaborations entre entreprises, sans se substituer aux professionnels. « L’objectif n’est pas de décider à la place des agences. L’objectif est d’éclairer leurs décisions », résume Étienne Bourdais, qui a dirigé le développement de Leonard, la plateforme d’innovation du groupe Vinci, avant de fonder Irma.
Avec près d’un quart d’utilisateurs internationaux et une présence déjà établie en France, en Belgique, en Allemagne et en Italie, Irma poursuit aujourd’hui son développement depuis Station F, avec l’ambition de construire une infrastructure européenne de données dédiée à la maîtrise d’œuvre. « Ce qui devient intéressant, c’est de pouvoir observer les collaborations et les compétences comme un système, et non plus comme une succession de projets isolés », note Étienne Bourdais.
La transformation est ainsi autant culturelle que technologique. Longtemps, répondre à un grand nombre de consultations a constitué un marqueur de développement pour les agences. L’exploitation des données introduit une autre logique : mieux sélectionner les consultations selon les compétences disponibles et le contexte concurrentiel. « La question n’est plus seulement combien de marchés une équipe peut regarder, mais combien elle peut réellement analyser pour choisir ceux sur lesquels elle a quelque chose de pertinent à apporter », résume Étienne Bourdais.
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