À quelques jours du scrutin, la fédération régionale des travaux publics Auvergne-Rhône-Alpes veut imposer un thème jugé trop discret dans les programmes : l’état des infrastructures. Lors d’une conférence de presse, son président, René Coiro, entouré des représentants des spécialités et des territoires, a dressé un constat sans détour : les infrastructures ne sont pas un sujet secondaire, notamment pour les citoyens. Elles sont la condition du développement, de la sécurité, de la cohésion et de la transition écologique.
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En Auvergne-Rhône-Alpes, le patrimoine d’infrastructures représente 401 milliards d’euros au service de 8 millions d’habitants : 153 000 km de routes, 104 400 km de réseaux d’eau potable, 44 400 km d’assainissement collectif, 16 060 ponts analysés, 3 475 km de voies ferrées, 443 km de voies navigables, sans compter les réseaux électriques et numériques.
« Tout fonctionne en silence… jusqu’au jour où ça casse », résume René Coiro. Selon des données présentées par la fédération, 56 % des Français ont constaté une dégradation de la voirie au cours de l’année écoulée et 28 % ont subi une panne de réseau enterré. Résultat : l’infrastructure devient visible au moment de la crise.
Le décalage entre attentes citoyennes et discours politiques est frappant. 88 % des Français estiment que l’état des infrastructures devrait être un sujet de campagne municipale. Pourtant, « très peu, sinon pas du tout », selon le président de la FRTP AURA, les candidats s’en emparent publiquement.
Des enjeux vitaux dans chaque département
Les exemples régionaux illustrent l’urgence : dans la Drôme, 96 % de la population vit en zone exposée au risque inondation ; en Savoie, les pertes sur les réseaux d’eau potable atteignent jusqu’à 27 % ; dans l’Allier, il faudrait plus de quatre siècles pour renouveler l’ensemble du réseau d’assainissement au rythme actuel ; dans l’Ain, seuls 18 % des éclairages publics sont en LED ; dans la Loire, une part significative du réseau routier est jugée en état moyen ou mauvais.
« L’enjeu n’est pas esthétique, il est vital », insiste la fédération. Entretenir une route, c’est maintenir l’économie locale ; réparer une conduite d’eau, préserver la ressource ; moderniser l’éclairage, réduire durablement les consommations ; sécuriser un pont, garantir la sécurité et le transport.
Le coût de l’inaction sur la table
Pour les professionnels, il faut « changer de paradigme ». Construire moins, sans doute, mais entretenir mieux et plus. Les études évoquées lors de la conférence sont sans appel : ne pas entretenir un pont peut coûter trois fois plus cher à dix ans. Et au-delà du coût d’investissement, le coût sociétal est majeur : détours, temps perdu, surcoûts pour les entreprises, etc.
« Le coût direct pour la collectivité est d’un tiers, les deux tiers restants retombent sur la population », soulignent les intervenants. À l’heure où 85 à 90 % des déplacements de personnes et de marchandises passent par la route, l’entretien du réseau devient aussi un enjeu d’équilibre territorial et de compétitivité.
Eau : un tournant engagé mais à amplifier
Sur l’eau, les lignes bougent. Depuis le transfert de compétence aux intercommunalités, le prix n’est plus un argument électoral direct. « Augmenter le prix pour investir dans le patrimoine, c’est parfois un acte responsable », estime Michel Réguillon, président des Canalisateurs du Sud-Est. Certaines collectivités ont relevé leurs tarifs jusqu’à 35 % pour financer le renouvellement des réseaux. Mais l’effort reste insuffisant : en moyenne, 20 à 25 % de l’eau potable disparaît dans les sols, avec des pics à plus de 50 % localement.
Des outils “clé en main” pour les élus
La FRTP AURA met en avant plusieurs dispositifs opérationnels : InfraClimat pour mesurer l’exposition des ouvrages aux aléas climatiques ; MonsuiviEau pour analyser la performance des réseaux ; SEVE TP, éco-comparateur des solutions techniques ; un guide des aides recensant les subventions mobilisables ; et un Mémento municipal 2026 pour intégrer infrastructures et transition écologique dans les programmes.
« Ces outils permettent de mettre des chiffres derrière les enjeux, de prioriser et d’assumer des choix », affirme René Coiro, qui assure la neutralité politique de la fédération. Deux engagements sont néanmoins demandés aux futurs maires : faire de l’entretien une priorité du mandat 2026-2032 et s’inscrire dans une véritable planification pluriannuelle.
Donner ses lettres de noblesse à l’entretien
Au-delà des chiffres, les professionnels appellent à redonner ses lettres de noblesse à l’entretien, moins spectaculaire qu’une inauguration mais déterminant pour l’avenir des territoires. « Un chantier gêne ponctuellement, mais il améliore le cadre de vie pour des décennies », rappellent-ils. Pour la FRTP AURA, l’enjeu dépasse la mandature. C’est pourquoi, à quelques jours du vote, la fédération place chacun face à ses responsabilités. Car derrière les arbitrages budgétaires se joue une question simple : transmettre aux générations suivantes un patrimoine préservé ou leur laisser la facture de notre inaction. Pour les entreprises de travaux publics, l’équation est claire : investir aujourd’hui dans l’entretien, c’est éviter demain des crises plus coûteuses, financièrement comme socialement.