Placées sous le thème « Matériaux et territoires : enjeux et défis », ces deux journées qui se sont tenue les 23 et 24 juin au stade Orange Vélodrome de Marseille (13), ont permis de croiser les regards sur les grands défis auxquels la France est confrontée : construire davantage de logements, accélérer la transition écologique, renforcer la souveraineté industrielle, adapter les territoires au changement climatique et répondre aux nouvelles attentes sociétales. Au travers de plusieurs tables rondes, les échanges ont fait émerger une conviction largement partagée : les matériaux minéraux constituent un maillon essentiel de la construction durable et de l’aménagement des territoires. Ils ont également mis en évidence la nécessité de renforcer le dialogue entre entreprises et pouvoirs publics afin de construire des réponses collectives à ces défis.
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La première, consacrée aux complémentarités entre politiques publiques locales et engagements volontaires, a réuni représentants de l’État, collectivités territoriales et professionnels autour d’un même constat : les démarches RSE sectorielles constituent un facilitateur dans la mise en œuvre des politiques publiques de transition écologique. Elles complètent utilement les exigences réglementaires et permettent de construire, en synergie avec les territoires, des solutions concrètes et adaptées aux réalités locales. Les échanges ont notamment permis de mettre en regard ces démarches avec plusieurs initiatives régionales d’accompagnement des acteurs économiques dans la transition écologique, telles que la feuille de route Néo Terra en Nouvelle-Aquitaine, les appels à manifestation d’intérêt visant à référencer les démarches RSE robustes, ou encore, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, le dispositif Cedre Premiers Pas et Cedre Ambition. La seconde table ronde, dédiée aux démarches RSE comme leviers de la construction durable, a rassemblé plusieurs partenaires de la filière afin d’identifier les conditions d’une meilleure coopération entre l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur. Les intervenants ont notamment souligné la nécessité de mieux faire reconnaître ces démarches auprès des maîtres d’ouvrage publics et privés afin qu’elles deviennent un véritable critère de différenciation et de confiance. La présence d’organisations telles que la CPME, la FNTP et Envirobat-BDM a permis d’élargir le débat aux attentes de l’ensemble de la filière construction et aménagement. Les échanges ont mis en évidence la pertinence d’approches RSE sectorielles, adaptées aux métiers, mais aussi la nécessité de renforcer la pédagogie auprès des donneurs d’ordre publics et privés. Les débats ont ainsi permis de réaffirmer l’ambition portée par le secteur : Obtenir de l’État la reconnaissance officielle des labels RSE sectoriels afin de conforter l’engagement volontaire des entreprises déjà impliquées et d’encourager de nouvelles structures, en particulier les PME, à s’inscrire dans cette dynamique.
La seconde journée, organisée par l’Unicem, a replacé les matériaux minéraux dans une perspective plus large : celle des grands choix de société auxquels la France est aujourd’hui confrontée. Ressources, béton, aménagement durable, souveraineté, transition : les échanges ont permis de croiser les regards d’acteurs de terrain, d’experts et de représentants institutionnels pour mieux comprendre les enjeux, les contraintes et les solutions qui s’offrent aux territoires. Une première table ronde, « Le béton, matériau des territoires indispensable à un aménagement durable », a permis de dépasser les idées reçues sur ce matériau en mettant en évidence ses nombreuses évolutions évoquées par Shift Project, Hept’Arts Architecture, la Fédération de l’Industrie du Béton (FIB) et les professionnels du secteur. Les intervenants ont rappelé que le béton, produit localement au plus près des chantiers, continue de réduire son empreinte carbone grâce à l’innovation, à l’optimisation des formulations et au développement de nouvelles solutions bas carbone. Par exemple, à Marseille, cette proximité peut ainsi se traduire par des distances de livraison de l’ordre de 6 à 10 km, contre une moyenne nationale évoquée autour de 18 km. Il a également été souligné son rôle dans la durabilité des ouvrages, le confort d’été des bâtiments et la résilience des territoires. Plusieurs interventions ont rappelé que la question n’est pas tant de bannir un matériau mais plutôt de mieux l’utiliser : choisir le bon matériau au bon endroit, au regard de l’usage, du contexte local, de la durée de vie de l’ouvrage, du coût global et de son bilan environnemental.
La seconde table ronde, « Les ressources minérales : un enjeu de souveraineté nationale ? », a élargi le débat aux questions d’approvisionnement et d’indépendance stratégique. Au-delà des seules matières premières critiques, les échanges ont rappelé que les granulats, les roches ornementales, les argiles et les autres matériaux minéraux sont indispensables à la construction des logements, des infrastructures, des réseaux, des ouvrages liés à la transition énergétique et à la réindustrialisation du pays. Cette table ronde a ainsi posé une question centrale : pourquoi exploiter la ressource minérale, à quelles conditions, et avec quel niveau de responsabilité ? La disponibilité des ressources, leur caractère non renouvelable, les conflits d’usages, les besoins des territoires et les coûts liés à des importations massives ont été au cœur des échanges. Les intervenants ont souligné qu’un approvisionnement local constitue un enjeu majeur pour limiter les transports, préserver la compétitivité des territoires, réduire les émissions de gaz à effet de serre et garantir la résilience des chaînes d’approvisionnement. Le BRGM a rappelé l’importance de mieux connaître, recenser et planifier les ressources disponibles dans les sols et sous-sols français, tandis que la DREAL PACA a insisté sur la nécessité de trouver un équilibre entre protection de l’environnement et besoins d’approvisionnement. Les échanges ont enfin mis en évidence les progrès continus réalisés par la profession en matière de production responsable, de recyclage, de biodiversité, de gestion de l’eau et d’innovation environnementale. L’intervention de l’ANEFA, l’association nationale espagnole des producteurs de granulats, a aussi replacé ces enjeux dans une perspective européenne : dans plusieurs pays, les matières premières minérales deviennent désormais un sujet stratégique, au même titre que d’autres ressources industrielles. Cette prise de conscience invite également à mieux sécuriser les approvisionnements nationaux, tout en poursuivant la transformation environnementale de la filière. « Construire davantage de logements, réindustrialiser le pays, développer les énergies décarbonées ou adapter nos territoires au changement climatique suppose de disposer de matériaux produits localement. Les ressources minérales constituent ainsi un enjeu de souveraineté qu’il est désormais indispensable de replacer au cœur du débat public », rappelle Alain Plantier, président de l’Unicem.