Né en 1967, élevé à La Valette-du-Var (83), Jean-Christophe Repon ne se destinait pas au bâtiment. Fils d’électricien, il grandit dans l’ombre de l’entreprise familiale sans jamais s’y projeter vraiment. Après un bac maths-philo, il s’inscrit en licence STAPS avec une idée claire en tête : devenir professeur de sport. « Le sport était la seule chose qui me motivait vraiment », confie-t-il sans détour, sourire franc et regard lumineux. Le rugby, surtout, s’impose très tôt comme un moteur. Trois-quarts centre, numéro 12, rapide et fin tacticien, il gravit les échelons jusqu’au Rugby Club de Toulon, où il s’installe durablement. Dix années sous le maillot rouge et noir. Et puis 1992. Le Parc des Princes. Une finale du championnat de France entrée dans la légende. Ce jour-là, Jean-Christophe Repon inscrit l’unique essai du match et offre à Toulon un titre historique (19-14). La consécration sportive. Mais la vie, comme le rugby, impose parfois des changements de trajectoire brutaux. La même année, un accident contraint son père à cesser son activité d’électricien. Jean-Christophe Repon décide alors de reprendre l’entreprise familiale, tout en passant un CAP d’électricien. En 1995, il transforme l’entreprise individuelle en SARL. La double vie se poursuit jusqu’en 2003, date à laquelle une blessure met un terme définitif à sa carrière sportive, après quinze ans en première division. « J’ai eu, tout à coup, beaucoup plus de temps libre », se souvient-il, « et toujours autant d’énergie à revendre ».
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Cette énergie va trouver un nouveau terrain d’expression : l’engagement professionnel. Son père était adhérent à la Capeb depuis 1963. L’ancrage est là, presque naturel. Il rejoint la Capeb du Var, puis la structure nationale en 2006. « Ca m’a instantanément plus ! », évoque-t-il. Formation, structuration des métiers, accompagnement des entreprises : Jean-Christophe Repon s’investit pleinement. Il préside Constructys (opérateur de compétences de la Construction), puis le CCCA-BTP (Comité de concertation et de coordination de l’apprentissage du bâtiment et des travaux publics) en 2016, avant d’être élu, puis réélu en 2023 à l’unanimité, en 2020, président national de la Capeb. Il s’applique depuis à « re-créer une dynamique de fierté collective et donner un sens à une politique de métier pour aider les petites entreprises ». Une tâche dans laquelle il retrouve « la même énergie et le même engagement que dans le rugby ! ».
Combat, humilité et altruisme
A la tête de la première organisation professionnelle de France en nombre d’adhérents (62 000 entreprises, représentant 520 000 entreprises artisanales du bâtiment, 570 000 salariés et 60 000 apprentis), il s’est fixé une mission claire : redonner fierté, visibilité et pouvoir d’action aux artisans. « Nous devons prouver à toute la filière que les artisans du BTP ne sont pas simplement de la main-d’œuvre, mais qu’ils portent le marché », martèle-t-il. Pour lui, les entreprises artisanales sont au cœur des réponses aux défis environnementaux, sociétaux et économiques. Incontournables. Stratégiques. Sa méthode, il la puise dans le sport de haut niveau. Combat, humilité, altruisme. « Le rugby m’a appris à voir les échecs comme des opportunités, à observer, comprendre, changer de stratégie en pleine action ». Sur le terrain comme dans les négociations, il avance avec la même lecture du jeu : anticiper, s’adapter, ne jamais lâcher le collectif.
Retrouver une fierté d’appartenance
Dans un contexte économique incertain qui éprouve la résilience des petites entreprises, Jean-Christophe Repon veut sécuriser l’exercice des métiers, redonner du sens et construire une dynamique durable. « Ces entreprises sont une vraie plus-value pour la construction en France. Il est temps de retrouver une fierté d’appartenance ». « Nous devons prouver à toute la filière que les artisans du BTP ne sont pas simplement de la main d’œuvre mais qu’ils peuvent porter le marché », martèle-t-il avec détermination, « les entreprises artisanales du bâtiment sont incontournables dans notre capacité à répondre aux défis environnementaux, sociétaux et économiques auxquels nous faisons face. Nous allons conforter leur place de leader dans les années qui viennent. Elles savent s’adapter mais leur résilience est éprouvée par un contexte économique incertain qui contraint leur activité. Ces entreprises doivent pouvoir exercer leur métier sereinement ». À 59 ans, l’ancien trois-quarts centre n’a rien perdu de son allant. Le ballon a changé de forme, les terrains sont devenus institutionnels, mais l’objectif reste le même : faire avancer l’équipe. Ensemble.