L’année 2025 marquera la quatrième année consécutive de repli des productions de granulats et de BPE laissant leurs volumes à des niveaux historiquement bas. « Cette année encore, le contexte politique qui a plongé nos institutions dans un climat de confusion majeure, a lourdement pesé sur la dynamique de redressement de la filière construction dans son ensemble », souligne Alain Plantier. L’absence de lisibilité budgétaire et les enjeux de réduction de déficits publics ont « plombé » la dynamique de sortie de crise amorcée en 2024. L’environnement géopolitique, avec la guerre douanière déclenchée par Trump au premier semestre ou encore les conflits armés au Moyen-Orient et en Ukraine, ont rajouté des tensions notamment sur les marchés financiers, mettant ainsi un terme à la séquence de baisse des taux enclenchée en janvier 2024. L’année 2025 a donc concentré un niveau d’incertitudes et de « stress » économiques particulièrement élevé, peu propice au développement de l’investissement constructif des ménages, des entreprises et des collectivités locales. « Dans ce contexte de sortie de crise hésitante et discordante, les matériaux de construction, en amont de la filière, devraient encore afficher un recul d’activité en 2025 », confirme Carole Deneuve.
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Ainsi, malgré un début d’année plutôt encourageant, le secteur des granulats enregistrerait un nouveau repli de sa production (- 1,5 %), laissant les volumes autour de 300 millions de tonnes, niveau le plus bas jamais atteint depuis plus de 40 ans. Quant aux livraisons de béton prêt à l’emploi (BPE), après avoir plongé de 11 % en 2024, elles céderaient encore 4 % cette année pour atteindre 32 millions de m3. Au total, sur les quatre dernières années, la chute d’activité en volume ressort à -21 % pour le BPE -15 % pour les granulats ! En dépit d’un contexte politique peu porteur, l’année 2025 a toutefois bénéficié de facteurs plutôt favorables au redressement du marché immobilier. Le réveil des ventes de maisons individuelles, qui avaient atteint un point bas en 2024, s’est amplifié en 2025 et s’est traduit par un rebond des permis et des mises en chantier. Mais avec à peine plus de 100 000 unités de logements individuels commencées et 131 000 permis sur douze mois à fin octobre, les niveaux restent encore très en dessous de leur moyenne de ces vingt dernières années (- 46 % et – 37 % respectivement) ! Du côté du logement collectif, le plan de relance d’Action Logement-CDC Habitat en 2024 (rachats de logements aux promoteurs) a permis de dynamiser les ventes et les mises en chantier mais le contrecoup se profile et des inquiétudes se font jour en l’absence d’un relais pris par les particuliers.
L’extraction des matériaux, un indispensable !
Si l’on se tourne vers le secteur des travaux publics, l’année 2025 aurait dû être marquée par une accélération des chantiers à un an des échéances électorales. Mais les inquiétudes budgétaires et politiques des collectivités ont pesé négativement dans l’arbitrage des derniers projets. Si l’activité des TP a plutôt bien résisté au cours des premiers mois, les signaux de ralentissement n’ont en effet pas tardé à apparaître, tant du côté des travaux réalisés que des prises de commandes. « Les investissements privés et publics de ce cycle, davantage tournés vers des projets d’infrastructures des grandes métropoles (transports urbains, énergie...) que vers des travaux routiers auront finalement peu dynamisé l’activité des granulats », constate Alain Plantier, « en dépit d’une légère amélioration au premier semestre 2025, la production de granulats n’aura finalement affiché aucune hausse sur toute la durée de ce cycle municipal ». « Cette situation plutôt inédite peut aussi s’expliquer par le développement de l’économie circulaire, une partie des besoins de granulats sur les chantiers TP étant captée par le recyclage des matériaux (directement sur site ou via les granulats de recyclage issus du traitement des déchets de démolition ou encore via les fraisats d’enrobés) », ajoute Carole Deneuve, « un calcul simple permet de montrer qu’en 2024, on produisait 1,3 million de tonnes de granulats pour un milliard d’euros d’investissement en construction contre 1,9 en 2000, soit 33 % de moins ! Depuis 25 ans en effet, ce ratio est sur une tendance baissière. Et dans le même temps, le poids de l’investissement en construction dans le PIB a reculé de 18 %... Des chiffres qui montrent que non seulement notre économie est de moins en moins constructive mais aussi qu’elle sollicite de moins en moins l’extraction de granulats dans la construction ». « Or, l’extraction des matériaux est un élément indispensable de notre politique ! », comme le rappelle Alain Plantier.
2026 : des besoins en matériaux encore très contraints
Le raffermissement de l’activité constructive en 2026, en réponse au redressement des surfaces autorisées et commencées observé en 2025 dans le résidentiel et, plus modestement, dans le non-résidentiel devrait soutenir la demande de BPE. Les volumes de BPE produits pourraient a minima se stabiliser, voire légèrement progresser en 2026 sans toutefois dépasser les 33 millions de m3, les besoins en béton de la part des TP étant appelés à se modérer. « En effet, peu de bonnes nouvelles sont à attendre du côté des travaux publics dont l’activité devrait se contracter d’environ 3 % en volume en 2026 selon les prévisions de la FNTP », précise Alain Plantier. Si les dépenses d’équipement du secteur privé (32 % de la clientèle des TP) pourraient légèrement progresser, en lien avec la hausse de l’activité du logement neuf, celles des grands opérateurs (22 %) se stabiliseraient. En revanche, la fin du cycle électoral conjugué au contexte de consolidation budgétaire se traduirait l’an prochain par une contraction sensible des chantiers initiés par l’Etat et les collectivités locales (46% du marché TP). « Les matériaux pâtiraient donc de la contraction d’activité dans les travaux publics et même s’il est prévu que la demande de granulats à destination du BPE se redresse, sa production devrait au mieux stagner, voire à nouveau se replier en 2026 », conclut Carole Deneuve.