Sur un territoire de 12,5 millions d’habitants, le gaz naturel pèse 49,2 TWh, soit environ 30 % de l’énergie finale consommée, et repose encore majoritairement sur des ressources fossiles importées. Réduire cette dépendance est donc un enjeu à la fois de décarbonation des usages et de souveraineté énergétique. La production locale atteint 30 TWh en 2024, dont environ 1 TWh issu du biométhane. Celui-ci doit son existence à une filière de méthanisation que l’Institut juge mature et performante : 74 unités sont en fonctionnement, dont 82 % injectent leur production dans le réseau de gaz.
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Reste que la méthanisation ne sait pas tout traiter. Boues d’épuration, refus de tri, combustibles solides de récupération, déchets bois, plastiques complexes ou digestats non épandables échappent en grande partie à cette voie. C’est là qu’entrent en scène la pyrogazéification, la gazéification hydrothermale et la méthanation, que l’Institut présente comme des technologies capables d’élargir le potentiel de gaz renouvelables et bas carbone. Il précise que ces filières n’ont pas vocation à concurrencer la hiérarchie des modes de traitement, qui place la prévention, le réemploi et le recyclage en tête, mais à offrir une voie complémentaire pour les flux résiduels ou non recyclables.
Les volumes en jeu donnent la mesure de l’enjeu : en 2022, 3,8 millions de tonnes de déchets ont été incinérées dans les 18 UIDND franciliennes et 2 millions de tonnes enfouies dans les 8 ISDND. Selon leur nature et leur composition, une partie de ces flux pourrait intéresser les nouvelles filières, refus de tri et certaines boues de station d’épuration en tête.
Les boues, un atout francilien
Avec plus de 580 stations d’épuration, la région dispose d’un important gisement de boues urbaines, digérées ou non. La gazéification hydrothermale, adaptée à ces déchets liquides ou pâteux, apparaît à l’Institut comme une voie prometteuse, complémentaire de la méthanisation. Associé à un réseau gazier dense, ce gisement crée des conditions particulièrement favorables à son développement sur le territoire.
Passer à l’échelle industrielle
Plusieurs projets ont vu le jour ou sont en cours, portés notamment par COMETHA, le SEMARDEL, GPSEO-SEVESC et le SIAH. La plupart restent toutefois au stade de l’étude, du démonstrateur ou du préindustriel, et l’enjeu est désormais de changer d’échelle à moyen terme. La création en 2024 du Cercle francilien des nouveaux gaz verts, aux côtés de dispositifs comme Prométha et CapMétha77, traduit la volonté de fédérer acteurs publics et privés. Le chemin reste semé d’obstacles : sécuriser la disponibilité et l’organisation des flux de déchets, composer avec un foncier limité, obtenir l’acceptabilité locale, consolider une maturité technologique encore incomplète, stabiliser des modèles économiques fragiles et adapter un cadre réglementaire. Pour l’Institut, y répondre permettra à ces filières de contribuer à une Île-de-France décarbonée à l’horizon 2050.