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[Décryptage] « La guerre de l'eau n'est pas une fatalité »

-, LE 21 JUILLET 2026
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[Décryptage] « La guerre de l'eau n'est pas une fatalité »
Alors que les sécheresses s’intensifient et que les conflits d’usage occupent le devant de la scène, Jérémie Steininger, délégué général des Acteurs du traitement des eaux de la parcelle (ATEP), invite à changer de paradigme. Pour lui, la réponse ne réside pas uniquement dans un meilleur partage de la ressource existante, mais dans la capacité à créer de nouvelles ressources à partir des eaux non conventionnelles. Une évolution qui pourrait profondément transformer les politiques de l’eau.

Les tensions autour de la ressource en eau franchissent un nouveau cap. Restrictions d’usage, nappes phréatiques en baisse, débats sur le projet de loi d’urgence agricole : l’été 2026 illustre la difficulté croissante à concilier les besoins de l’agriculture, des collectivités, des industriels et des particuliers. Dans ce contexte, certains évoquent désormais une véritable « guerre de l’eau ».
Pour Jérémie Steininger, délégué général de l’ATEP, cette lecture repose toutefois sur un postulat erroné : celui d’une ressource figée dont il faudrait uniquement organiser le partage. Selon lui, une partie de la solution réside dans des volumes aujourd’hui très peu valorisés : les eaux de pluie, les eaux grises et les eaux usées traitées.

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Une ressource encore largement inexploitée
L’ATEP estime qu’environ 8 milliards de mètres cubes d’eaux non conventionnelles restent inutilisés chaque année en France. Il s’agit principalement des eaux usées traitées rejetées dans le milieu naturel, mais aussi des eaux de pluie et des eaux grises produites par les bâtiments.
Pour Jérémie Steininger, cette ressource constitue un levier majeur pour réduire les prélèvements d’eau potable sans remettre en cause les efforts de sobriété. La logique consiste à réserver l’eau potable aux usages qui l’exigent réellement et à mobiliser d’autres ressources pour les toilettes, l’arrosage, le nettoyage ou certains usages industriels et agricoles.

Un contexte réglementaire qui change la donne
Cette approche bénéficie désormais d’un environnement réglementaire plus favorable.
Le décret et l’arrêté du 12 juillet 2024 autorisent et sécurisent l’utilisation des eaux impropres à la consommation humaine pour plusieurs usages domestiques. Les établissements scolaires peuvent notamment intégrer des dispositifs de récupération d’eau de pluie ou de réutilisation dans certaines conditions. La future transposition de la directive européenne DERU 2, prévue d’ici août 2027, devrait accélérer cette évolution en encourageant une gestion différenciée des eaux dès la conception des bâtiments.
Pour le délégué général de l’ATEP, les principaux verrous ne sont donc plus techniques ni réglementaires.

Les collectivités montrent déjà la voie
Jérémie Steininger s’appuie sur plusieurs réalisations pour illustrer cette évolution.
Rennes Métropole a intégré la récupération des eaux pluviales dans son PLUi afin de réduire les prélèvements en eau potable. Lannion valorise plusieurs milliers de mètres cubes d’eau de pluie chaque année pour ses équipements municipaux. À Dinan, un centre aquatique prépare une expérimentation de réalimentation de bassins à partir d’eaux non conventionnelles, tandis que plusieurs établissements scolaires et centres de formation développent des dispositifs de récupération ou de réutilisation de l’eau.
Selon lui, ces opérations démontrent que les solutions existent déjà et peuvent être déployées dans des collectivités de toutes tailles, notamment lors de constructions neuves ou de rénovations.

Faire du bâtiment public un démonstrateur
L’ATEP considère que les bâtiments publics représentent aujourd’hui le principal levier de massification.
Écoles, gymnases, piscines ou bâtiments administratifs disposent de surfaces de toiture importantes, produisent des eaux grises en quantité et offrent des espaces favorables à l’infiltration des eaux pluviales. Pourtant, contrairement aux exigences fixées en matière de performance énergétique, aucun objectif national n’encadre aujourd’hui la réduction des consommations d’eau de ces équipements.
Jérémie Steininger plaide ainsi pour intégrer systématiquement un volet « eau » dans les programmes de rénovation du patrimoine public : récupération des eaux pluviales, recyclage des eaux grises, désimperméabilisation des cours d’école ou encore développement des « cours oasis ».

Un changement d’échelle avant tout politique
Pour le délégué général de l’ATEP, le principal frein n’est plus technologique. Les enquêtes réalisées avec InfoPro Digital Études montrent que les collectivités comme les citoyens sont largement sensibilisés aux enjeux de la ressource. Les difficultés portent davantage sur le financement, l’accompagnement des projets et l’absence d’une stratégie nationale clairement affirmée. Son analyse est sans équivoque : face aux épisodes de sécheresse qui se répètent, la transition hydrique ne pourra pas reposer uniquement sur des arbitrages entre usages. Elle passera aussi par une nouvelle manière de considérer l’eau, en valorisant davantage les ressources disponibles à l’échelle des bâtiments, des parcelles et des territoires. À l’approche de la transposition de la directive DERU 2 en 2027, cette vision pourrait bien devenir l’un des axes structurants des futures politiques de l’eau.


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