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Câbles : la filière prépare son rebond électrique

VERONICA VELEZ, LE 3 AVRIL 2026
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Câbles : la filière prépare son rebond électrique
© Diana Sand
Après une année 2025 en demi-teinte, les industriels français du câble, de la fibre optique et des équipements de raccordement amorcent un virage stratégique. Portée par l’électrification des usages, la montée en puissance des data centers et la nécessaire résilience des réseaux, la filière réunie au Sycabel accélère ses investissements et ses transformations pour 2026, dans un contexte encore incertain.

« Nous représentons une filière souvent méconnue mais bien ancrée, avec 60 usines et 7 000 salariés, réalisant 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont près de la moitié à l’export », rappelle Franck Baron, président du Sycabel en présentant lors de la conférence de presse annuelle du syndicat. Une industrie historique, restée implantée en France, mais aujourd’hui confrontée à une recomposition rapide de ses marchés.
En 2025, le chiffre d’affaires global recule de 3,7 %. Une baisse modérée qui masque des évolutions très contrastées. D’un côté, le transport et la distribution d’électricité progressent fortement (+15 %), portés par les investissements liés à la transition énergétique. De l’autre, le bâtiment (-3,5 %) et surtout les télécoms (-25 %) pèsent sur l’activité, marquant la fin du cycle du plan France Très Haut Débit.
« La croissance de l’énergie n’a pas compensé le recul des télécoms et de la construction », résume sobrement le président du syndicat. Certains secteurs tirent toutefois leur épingle du jeu. L’aéronautique, soutenue par Airbus et la défense, retrouve une dynamique solide. L’automobile et le ferroviaire confirment également des perspectives positives, notamment grâce à l’électrification.

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La fin d’un cycle : des télécoms à l’ère électrique
Pour Frédéric Briand, vice-président du Sycabel, le diagnostic est clair : « Nous entrons vraiment dans l’ère de l’électrification. Notre activité, longtemps portée par les télécoms, connaît désormais un décrochage de l’ordre de -25 %, marquant la fin de ce cycle ».
La filière opère ainsi une bascule structurelle. Les câbles de données cèdent progressivement la place aux câbles électriques de puissance. « On assiste à une vraie bascule des câbles fibre optique vers les câbles électriques », poursuit-il.
Ce mouvement ne signifie pas la disparition des télécoms, mais leur repositionnement. Les besoins liés aux data centers, aux liaisons inter-sites ou à la maintenance du réseau fibre maintiennent une activité significative. « Le déploiement rapide de la fibre a été remarquable, mais il nécessite aujourd’hui des corrections et de la maintenance », souligne Frédéric Briand.
Dans ce contexte, la résilience devient un enjeu central. Aléas climatiques, incidents techniques ou besoins d’intervention urgente imposent aux industriels de conserver des capacités de production disponibles. « Chaque fabricant doit garder une marge pour réagir sans être à 100 % de charge », insiste-t-il.

L’électrification, moteur de croissance durable
La montée en puissance de l’électricité constitue le principal levier de développement à moyen et long terme. « À chaque fois qu’on électrifie, il y a une cascade de câbles qui se met en œuvre », résume Franck Baron.
Raccordement des centrales, infrastructures de recharge pour véhicules électriques, applications industrielles et domestiques : tous ces usages génèrent des besoins croissants. La filière estime que la consommation de cuivre pourrait être multipliée par 1,5 à 2 d’ici 2030-2035. Mais cette dynamique reste conditionnée à une visibilité politique. « La visibilité donnée par l’État sur l’électrification des usages est indispensable pour planifier l’activité et investir », alerte le président du Sycabel. Et les objectifs sont ambitieux… porter la part de l’électricité à 35 % en 2030, puis 40 % en 2035 ce qui implique une modernisation massive des réseaux, avec des milliers de kilomètres de lignes à renouveler ou à construire.

200 millions d’euros pour préparer 2026
Face à ces enjeux, la filière passe à l’action. Près de 200 millions d’euros d’investissements sont prévus en 2026, en hausse de 40 % par rapport à 2025. Ces investissements concernent en priorité : l’augmentation des capacités de production, l’amélioration de la qualité et de la sécurité des produits, l’adaptation aux nouvelles normes ou encore le développement de solutions pour l’énergie et le photovoltaïque.
Parmi les avancées récentes figure le lancement de câbles à réaction au feu renforcée, destinés aux immeubles de grande hauteur et aux établissements recevant du public. Une innovation qui illustre l’évolution des exigences réglementaires et sécuritaires.

Matières premières : une tension sous surveillance
La transition énergétique s’accompagne d’une pression croissante sur les ressources. Le cuivre, matériau clé, a vu son prix tripler en quelques années. « On est passé de 4 500 dollars la tonne à près de 13 000 aujourd’hui », souligne Franck Baron.
Si aucune pénurie immédiate n’est constatée, les tensions sont attendues à horizon 2030. Les plastiques, eux aussi, commencent à subir des hausses liées aux marchés mondiaux.
« On n’a pas de stock devant nous de matière première », prévient-il, appelant à une vigilance accrue.

Recyclage : un levier stratégique de souveraineté
Face à ces contraintes, l’économie circulaire devient un axe majeur. La filière câble dispose d’atouts : le cuivre est recyclable à 100 % sans perte de performance, et certains câbles peuvent intégrer jusqu’à 40 % de matières recyclées.
« Dans l’automobile, on peut utiliser jusqu’à 100 % de cuivre recyclé », précise un représentant du Sycabel. Mais un défi subsiste, celui de la valorisation locale des matériaux, car une partie importante des déchets métalliques est encore exportée. « Il faut flécher les matières recyclées vers des usages utiles comme la production de câbles », insiste la filière.
Des expérimentations sont en cours pour développer des boucles semi-fermées de recyclage, renforçant l’autonomie industrielle.

Concurrence internationale et enjeu de souveraineté
Autre défi, la concurrence asiatique, notamment chinoise, dans la fibre optique. « C’est un combat depuis plusieurs années », reconnaît Franck Baron, pointant des prix très compétitifs.
Pour autant, le débat ne se limite pas à la qualité des produits. « Les câbles chinois ne sont pas moins bons. La question est de savoir si l’on veut garantir une souveraineté sur nos réseaux », explique-t-il. Production locale, circuits courts, intégration dans les filières de recyclage, sont autant d’arguments en faveur d’une industrie européenne forte.

Innovation et diversification des usages
La filière continue d’innover pour répondre aux nouveaux besoins. Câbles en aluminium pour alléger les véhicules, technologies de fibre optique avancées, solutions pour data centers ou infrastructures énergétiques, les applications se multiplient. Dans l’automobile, l’évolution est significative. « On ajoute aujourd’hui plusieurs kilomètres de câbles dans les véhicules électriques », note Franck Baron, illustrant la complexité croissante des systèmes embarqués. Parmi les temps forts de l’année, le Sycabel met en avant la création de la Filière industrielle des entreprises des réseaux électriques (FIERE) destinée à renforcer la concertation et la coopération entre les différents acteurs du secteur. Autre avancée notable : le lancement d’un câble à réaction au feu améliorée, conçu pour les immeubles de grande hauteur et les établissements recevant du public. En limitant les émissions de fumée et en facilitant l’évacuation en cas d’incendie, cette innovation marque une étape significative en matière de sécurité et illustre la capacité d’innovation de la filière française.

2026 : entre incertitudes et opportunités
Malgré les tensions géopolitiques, les fluctuations des matières premières ou les incertitudes réglementaires, la filière aborde 2026 avec confiance. Elle s’appuie sur plusieurs moteurs : l’essor des usages électriques, la reprise attendue du bâtiment, la croissance des data centers e le renforcement des réseaux télécoms. Mais elle reste lucide sur les conditions de réussite. « Il est indispensable que tous les acteurs aient une vision claire et engageante de l’État », insiste Franck Baron.
Mais au-delà des chiffres, l’enjeu est aussi territorial et industriel, car avec ses 60 usines et ses 7 000 emplois, la filière câble contribue à la vitalité économique française et à la balance commerciale. Dans un contexte de transition énergétique et numérique, elle entend jouer un rôle central, à condition de préserver ses capacités de production, ses compétences et sa compétitivité. Une ambition résumée par Franck Baron qui est de faire de cette industrie « un pilier de la souveraineté énergétique et numérique » de la France.
     Évolution de la demande par secteur
Transport & distribution énergie : +15 %
Bâtiment : -3,5 %
Télécoms/fibre optique : -25 %
Automobile électrique : +25 à 29 % du parc français
 
     Un réseau électrique à moderniser et à renforcer
Selon le Schéma décennal de développement du réseau (SDDR) de RTE, le réseau français devra d’ici 2040 :
-renouveler 23 500 km de lignes aériennes :
-renforcer ou construire 16 000 km supplémentaires.
 
                    "Le plan national d’électrification attendu au printemps 2026, reste crucial pour permettre aux industriels d’anticiper leurs capacités de production et leurs investissements."


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