L’étude menée par l’Ademe met en évidence une hausse inévitable de la consommation électrique des centres de données, liée à l’augmentation et à l’adoption massive des services numériques. L’intelligence artificielle constitue le principal moteur de cette croissance, tandis que la blockchain, encore marginale en France, pourrait se développer rapidement. Le numérique s’étend également via les échanges machine à machine, indépendamment des usages individuels. Par ailleurs, le rôle stratégique des data centers pour la souveraineté numérique et la défense pourrait accentuer cette hausse. L’étude s’appuie sur une modélisation prospective déclinée en cinq scénarios, inspirés de Transition(s) 2050, et analysés sur deux horizons temporels : avant et après 2035.
PUBLICITÉ
1. Le scénario tendanciel décrit une poursuite des tendances actuelles, marquée par une forte croissance des usages numériques liée notamment à l’IA, à la blockchain et au développement de très grands data centers (hyperscale). Bien que les centres de données se développent sur le territoire français, la consommation électrique associée aux usages des Français augmente encore plus rapidement. Sans changement de trajectoire, cette consommation pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035, dont les deux tiers seraient réalisés à l’étranger, dans des pays au mix électrique plus carboné que celui de la France.
2. Le scénario Génération Frugale, le plus sobre des scénarios étudiés, repose sur une réduction volontaire de certains usages numériques, notamment les plus énergivores, et sur le développement d’alternatives collectives peu ou non numériques. Si les usages de l’IA continuent de progresser, leur développement est plus modéré que dans les autres scénarios. Grâce à la réorientation des modes de vie et à l’écoconception numérique, les besoins en calcul liés aux usages français diminuent fortement, ce qui réduit significativement la dépendance de la France aux traitements numériques réalisés à l’étranger, même en cas de moratoire sur la construction de nouveaux data centers.
3. Le scénario Coopérations Territoriales repose sur un développement des centres de données concerté avec les territoires et encadré par des normes, sans moratoire strict. Les data centers sont prioritairement orientés vers des usages jugés essentiels pour la santé, l’environnement et la société. Les pouvoirs publics encouragent des pratiques numériques plus sobres tout en préservant la liberté de connexion des usagers. Ce scénario vise avant tout à renforcer les synergies entre l’implantation des centres de données et les enjeux territoriaux.
4. Le scénario Technologies Vertes fait des centres de données des leviers stratégiques de la transition écologique, en soutenant l’innovation technologique pour réduire les émissions d’autres secteurs et optimiser les usages numériques. Les politiques publiques encouragent leur implantation en France afin de renforcer la souveraineté numérique et de tirer parti d’un mix électrique peu carboné. Ce scénario privilégie les data centers accueillant des projets technologiques contribuant à la transition écologique et s’accompagne d’un développement important de l’IA et de la blockchain.
5. Le scénario Pari Réparateur repose sur l’idée que les innovations technologiques permettront de compenser les impacts environnementaux tout en maintenant les modes de vie actuels. Il prévoit un fort développement des usages des centres de données, soutenu par une réglementation allégée et une organisation des territoires visant à répondre à la demande. Les data centers entrent alors en concurrence avec les autres industries pour l’accès à l’électricité. Contrairement au scénario Technologies Vertes centré sur la souveraineté française, Pari Réparateur privilégie une approche européenne, avec une implantation plus diffuse et un développement moindre en France. Ce scénario anticipe également une très forte croissance de la blockchain. Globalement, selon les scénarios étudiés, la consommation d’électricité des data centers en France en 2060 pourrait varier d’une division par deux à une multiplication par sept par rapport à aujourd’hui.
Un potentiel de récupération de la chaleur fatale
L’étude analyse le potentiel de récupération de la chaleur fatale des centres de données selon les différents scénarios prospectifs. Elle distingue le potentiel brut, correspondant à la chaleur totale émise, et le potentiel net, qui tient compte de l’efficacité des technologies de récupération et de l’existence de débouchés. Les progrès techniques, notamment le liquid cooling, améliorent ce potentiel en permettant de récupérer une chaleur plus facilement valorisable. Toutefois, ce potentiel reste largement théorique, car peu de data centers français récupèrent aujourd’hui réellement cette chaleur et les contraintes économiques et locales ne sont pas intégrées. Selon les scénarios, le potentiel net de récupération pourrait passer de 1,77 TWh en 2024 à entre 4,09 TWh et 12,94 TWh en 2035.
Vers le Zéro Émission Nette
Le scénario Tendanciel, marqué par une forte dépendance aux traitements numériques réalisés à l’étranger, entraînerait une hausse importante des émissions de gaz à effet de serre, incompatible avec l’Accord de Paris et les objectifs SBTi du secteur numérique. Les autres scénarios, inspirés de Transition(s) 2050, visent la neutralité carbone en France à l’horizon 2050.
Les scénarios Technologies Vertes et Pari Réparateur reposent sur une croissance des usages numériques anticipée et planifiée, mais génèrent des émissions significatives nécessitant des mécanismes de compensation, les seules optimisations technologiques ne suffisant pas sans politiques de sobriété. L’empreinte carbone importée y demeure élevée.
À l’inverse, les scénarios Génération Frugale et Coopérations Territoriales montrent qu’une sobriété numérique volontariste permettrait de réduire durablement les consommations et l’empreinte globale des centres de données, au prix d’actions systémiques et coordonnées entre pouvoirs publics, entreprises et citoyens.