Le vol de câbles sur les infrastructures de recharge pour véhicules électriques (IRVE) connaît une recrudescence inquiétante. Ce phénomène est qualifié de « structuré » et en « nette accélération » par l’organisation professionnelle Mobilians. Ces vols ciblent des stations situées dans des zones commerciales, des quartiers résidentiels ou des espaces périurbains. Des départements comme la Seine-et-Marne et le Nord sont particulièrement visés. À titre d’exemple, une vingtaine de stations ont été pillées en une seule nuit dans un rayon de 10 km en Seine-et-Marne rapportait France Info à la fin du mois de décembre. Quant aux auteurs de ces méfaits, il s’agit souvent de bandes organisées qui agissent rapidement et de manière coordonnée. Ce type de délinquance, qui ciblait auparavant les réseaux ferroviaires, se déporte vers les bornes électriques jugées plus accessibles et moins protégées.
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Cette vague de vols est directement liée à la flambée des cours du cuivre, qui a atteint des records (plus de 12 000 dollars la tonne) souligne encore France Info. La médiatisation récente de ces vols pourrait également avoir créé un effet d’incitation pour de nouveaux délinquants.
Toutefois, il existe un fort déséquilibre entre le gain pour les voleurs et le coût pour les opérateurs. Si la valeur de revente du cuivre volé sur un câble ne rapporte finalement que peu aux malfaiteurs, le coût de remise en état est très élevé pour les opérateurs, selon Mobilians qui souligne que le préjudice pour une centaine de câbles dégradés est estimé entre 150 000 € et 180 000 € (remplacement du matériel uniquement). Pour une collectivité, le coût peut atteindre 5 000 euros par borne, soit un tiers de ce qu’elle rapporte annuellement, explique France Info. À ces coûts s’ajoutent les pertes d’exploitation dues à l’immobilisation des bornes et les frais d’intervention technique. Lorsque les bornes appartiennent au réseau public, ce coût est finalement supporté par les collectivités.
Absence d’alternative au cuivre
Malheureusement, les opérateurs ne peuvent pas facilement remplacer le cuivre par des matériaux moins onéreux pour décourager les vols.
L’aluminium pourrait être utilisé pour des chargeurs lents, mais il est techniquement inadapté aux bornes de recharge rapide (puissance élevée). Pour faire passer la même intensité, les câbles en aluminium devraient être beaucoup trop gros et lourds pour être manipulés par les usagers. Quant à la recharge sans fil, elle n’est pas encore une technologie mature pour la recharge rapide.
Alors, que faire ?
Face à ce fléau, Mobilians demande que le vol de câbles IRVE soit intégré aux doctrines nationales de lutte contre les vols de métaux par le ministère de l’Intérieur. Par ailleurs, il est recommandé aux maires et gestionnaires de renforcer l’éclairage, de sécuriser les abords et de connecter la vidéoprotection aux systèmes d’alerte des opérateurs.
Par ailleurs, Automobile Propre évoquait récemment une technologie de Formula Space déployée par Kempower : CableGuard. Si un câble est coupé, un fluide sous pression contenant un "code ADN" unique est libéré. Invisible à l’œil nu mais détectable sous UV, ce marqueur permet aux forces de l’ordre de relier un suspect ou un objet contaminé à une borne précise, facilitant les poursuites judiciaires,.
On note aussi que certains opérateurs, comme Electra, équipent 100 % de leurs stations de caméras source: Roole Media). La coupure d’un câble déclenche une alarme et un appel immédiat à la police. Et des systèmes d’analyse d’images par IA sont en développement pour détecter les comportements suspects avant le passage à l’acte.
Perte de confiance ?
Pour les automobilistes, ces vols entraînent une dégradation de l’expérience de mobilité électrique avec des usagers qui font face à des bornes hors service, créant des files d’attente ou obligeant à des détours. Il est bien entendu impératif de ne pas toucher une borne vandalisée ou des câbles apparents, car un risque électrique peut subsister. Enfin, des applications (comme Roole Map) remontent généralement l’information qu’une borne est hors service, permettant aux conducteurs d’éviter les stations vandalisées.