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RAIL

La renouée du Japon, le cauchemar des agents de SNCF Réseau

ROMAN EPITROPAKIS, LE 2 JUIN 2026
\ PUBLIÉ DANS BTP RAIL N° 64
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La renouée du Japon, le cauchemar des agents de SNCF Réseau
La renouée du Japon pousse jusqu'à 50 cm par semaine et peut s'implanter dans le ballast. © Jean-Pierre Pujols,
Il s’agit d’une des cinq espèces végétales invasives identifiées par SNCF Réseau : la renouée du Japon pousse selon sa volonté et perce sans problème bitume et géotextiles. Son impact sur le réseau est tel qu’une équipe de recherche a dû être constituée pour comprendre comment endiguer cette invasive...

Plusieurs espèces de plantes invasives sont dans le viseur de SNCF Réseau, mais la renouée du Japon représente sûrement l’une des plus redoutée. Originaire d’Asie orientale comme son nom l’indique, elle est importée en Europe pour la première fois au XIXe siècle par un officier de la compagnie des Indes néerlandaises. Un caprice de décoration qui coûtera cher à tout le continent un siècle et demi plus tard en se propageant partout.

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En France, la renouée s’est d’abord propagée aux alentours de Lyon, avant de s’enraciner aux six coins de l’Hexagone. Côté biodiversité, cette plante est une calamité car sa propagation fulgurante étouffe les autres espèces jusqu’à les faire dépérir. Du côté du réseau de SNCF, elle donne des sueurs froides aux agents de maintenance qui se retrouvent démunis face à sa diffusion.

Une plante invincible

La détermination de la renouée du Japon ne connaît pas les limites du bâti humain. La plante est capable de percer le bitume et détruit aisément les géotextiles anti-végétation que SNCF Réseau dispose habituellement sur ses pistes de maintenance. D’une efficacité redoutable, les racines de la plante – appelées rhizomes – s’engouffrent dans les moindres interstices. « Il y a beaucoup de coffrets électriques dans lesquelles s’introduisent ces rhizomes, provoquant des courts-circuits », explique Jean-Marc Lecoq, directeur commercial Rail Aménagement Consulting.

La pousse devient rapidement incontrôlable. Une semaine suffit à la plante pour grandir de 50 centimètres. « Cela pose un sérieux problème lorsque la plante s’enracine jusque dans le ballast », se désole Jean-Pierre Pujols, responsable de service Environnement - Maîtrise de la végétation au sein de SNCF Réseau. Pourquoi ne pas alors lancer tout simplement des campagnes d’arrachage ? Car avec son système racinaire ancré profondément dans le sol, la plante ressuscite aussitôt. Et les campagnes d’arrachage peuvent même contribuer à répandre davantage la plante… « Une petite racine coupée de quelques centimètres qui s’échappe du camion suffit à réimplanter la renouée ailleurs… prévient Jean-Marc Lecoq. Lorsqu’une zone est nettoyée, les résidus doivent être envoyés dans un centre de traitement spécial. »

Un groupe d’étude, spécialement dédié à la maîtrise de cette plante

Mais espérer « nettoyer une zone » de la renouée du Japon demeure un objectif bien ambitieux… En collaboration avec l’INRAE, SNCF Réseau a même lancé un programme d’expérimentation sur la renouée du Japon pour comprendre comment vaincre cette invasive. Lancé il y a plus de dix ans, cette expérimentation est menée à Chalon-sur-Saône.

« Les équipes de recherche ont observé que la meilleure approche à ce jour, c’est le bâchage, explique Jean-Marc Lecoq qui participe aux échanges avec le groupe de recherche. La plante doit être bâchée pendant au moins cinq à six ans, sous un géotextile de 260 grammes thermolié pour étouffer les derniers morceaux de rhizomes et sur au moins trois mètres autour de la surface du massif arraché. »  Au bout de un ou deux ans de bâchage, les rhizomes peuvent continuer à survivre en se déployant jusqu’à 2,5 mètres de longueur. Si la surface de bâchage n’est pas assez grande, les rhizomes continuent de cheminer sous terre jusqu’à trouver de la lumière.

Cependant, une telle solution demeure évidemment onéreuse et impossible à industrialiser sur l’ensemble du foncier concerné de SNCF. « C’est une impasse technique, reconnaît Jean-Pierre Pujols. Maîtriser la renouée à l’échelle d’un le jardin ou d’un parc, on sait le faire. Mais sur 88 000 hectares c’est compliqué. »


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