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[Tribune] Le réemploi s'impose comme le nouveau standard du BTP

LA RÉDACTION, LE 5 FÉVRIER 2026
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[Tribune] Le réemploi s'impose comme le nouveau standard du BTP
David Cararon, Directeur réseau Ostreya Big Bag
Pendant des années, le réemploi dans le bâtiments est resté marginal. Une bonne intention. Un bonus environnemental quand le planning le permettait. Cette époque est révolue. Une tribune portée par David Cararon Directeur Réseau Ostreya BigBag.

Aujourd’hui, le marché a changé de nature. Plus de la moitié de l’activité du BTP repose désormais sur la rénovation et la réhabilitation lourde. Des chantiers plus longs, plus complexes, souvent en site occupé, avec une coactivité permanente et des contraintes d’accès fortes. Autrement dit : des chantiers où les flux de matériaux ne sont plus homogènes, mais évolutifs, identifiables, exploitables. C’est précisément là que le réemploi devient central.

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La réhabilitation lourde produit ce que le neuf ne produit pas comme des gisements, des matériaux déposés, encore fonctionnels, démontables, valorisables. Continuer à les considérer uniquement comme des déchets à évacuer n’est plus un réflexe neutre mais un non-sens économique, environnemental et réglementaire. Le paradoxe est connu. Le bâtiment génère près de 42 millions de tonnes de déchets par an en France. La loi fixe des objectifs clairs : le réemploi est au sommet de la hiérarchie des modes de traitement. Pourtant, sur le terrain, moins de 1 % des matériaux sont réellement réemployés. L’écart entre la norme et la pratique est abyssal.

Le réemploi ne fonctionne que s’il est intégré tôt, dès la consultation, dès la conception, dès les achats. Tant qu’il reste une option ajoutée en fin de parcours, il échoue. En revanche, lorsqu’il est pensé comme un lot à part entière, avec des acteurs structurés, des process éprouvés et une coordination directe avec les entreprises de travaux, il devient un levier de performance chantier. Contrairement aux idées reçues, le réemploi n’est pas une prise de risque, il rentre désormais dans une logique industrielle. Des acteurs comme Made in Past démontrent qu’il est possible d’intervenir à l’échelle nationale, sur des opérations complexes, avec des équipes dédiées, des délais maîtrisés et des responsabilités clairement identifiées. Le réemploi devient pilotable. Lorsqu’il est bien structuré, le réemploi ne s’ajoute pas mécaniquement aux coûts travaux. La dépose est prise en charge par l’acteur du réemploi. Le temps homme est souvent équivalent à une dépose classique. Et l’entreprise réduit à la fois ses coûts de dépose et ses coûts d’évacuation et de traitement des déchets. Le gain est double.

Le réemploi n’est plus une option environnementale coûteuse mais une optimisation économique globale. C’est aussi un levier de crédibilité RSE. Non pas déclarative, mais mesurable. Moins de déchets évacués, moins de transport, moins de traitement, un bilan carbone amélioré, des flux tracés. Des résultats que l’on peut documenter, auditer, communiquer. Dans un contexte de renforcement des exigences extra-financières, ces preuves comptent.

Enfin, le réemploi transforme la manière de répondre aux appels d’offres. Il devient un élément différenciant. Même lorsqu’il n’est pas retenu in fine, il crédibilise une proposition, démontre une capacité d’anticipation, envoie un signal clair au donneur d’ordre : celui d’un acteur qui a compris que la performance du chantier ne se joue plus uniquement sur le prix ou le délai.

Le réemploi n’est donc ni un effet de mode, ni une contrainte réglementaire de plus mais un révélateur de maturité de sérieux de capacité à faire évoluer un modèle historiquement linéaire vers une logique plus intelligente, plus sobre, plus performante. Le bâtiment ne doit plus recycler ce qu’il peut éviter de jeter en optant désormais pour le réemploi.


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