Il y a un an, le Premier ministre annonçait 1 000 projets d’investissement pour le plan de relance et une palette de mesures en faveur de la construction. Un an après, la fin des aides se profile, et la crise est toujours là.
Le plan de relance mis en place par le Premier ministre François Fillon le 2 février 2009 visait tous azimuts des actions finançables rapidement. L’Etat s’engageait aussi, avec un an d’avance, à rembourser la TVA aux communes prêtes à augmenter leurs dépenses d’investissement. Plus de 17 000 collectivités ont signé depuis. Deux mois auparavant, dès le 5 décembre 2008, le président Nicolas Sarkozy avait déjà amorcé la pompe avec un train de mesures plus directement orientées vers le logement en doublant, pour les achats de logements neufs, le prêt à taux zéro accordé (sous condition de ressources) aux accédants à la propriété. Quelques semaines plus tôt, l’annonce du rachat par des bailleurs sociaux et la Société Nationale Immobilière, une filiale de la Caisse des Dépôts de 30 000 logements invendables sur un marché atone, avait ravivé les promoteurs. Enfin au 1er janvier 2009, la mise en place du dispositif Scellier de défiscalisation en faveur des investisseurs privés leur avait, presque du jour au lendemain, fait recouvrer la santé.
Un an après, la crise est toujours là
Un an plus tard, les résultats de ces mesures saluées par tous, ne semblent déjà plus à la hauteur des difficultés. Si l’activité des promoteurs a repris, c’est grâce au dopage de la défiscalisation : sur les quelque 85 000 logements collectifs produits en 2009, plus de 50 % auraient été vendus sous le régime Scellier et le même dispositif a été proposé aux acheteurs de résidences de tourisme à partir du mois d’avril.
Les 120 millions accordés aux HLM pour produire en 2 ans, 30 000 logements supplémentaires ont été consommés et « ne font que compenser la baisse du budget » commente Thierry Repentin, le président de l’union sociale pour l’habitat. Il clôt pourtant un bon exercice, avec 93 000 logements sociaux financés auxquels s’ajoutent 14 500 appartements prévus pour remplacer les démolitions du programme national de renouvellement urbain. Cette « meilleure année depuis deux décennies » n’est paradoxalement pas sans rapport avec la crise : les HLM ont racheté des projets aux promoteurs et profité pendant quelques mois du marasme en récupérant des terrains désertés par les privés. « Les entreprises sont également moins occupées, elles répondent plus vite et moins cher à nos appels d’offres », poursuit Thierry Repentin. Maintenu à flot, le secteur du bâtiment a accusé en 2009 une baisse d’activité de 7 % « sans plan de relance, nous aurions frôlé les – 10 % », affirme Didier Ridoret, le président de la Fédération française du bâtiment. Il prévoit pour 2010 une nouvelle baisse de 3 % due notamment à la chute du marché de la construction tertiaire.
L’emploi soutenu, pas le logement
Les 350 M€ consentis à l’Anru (Agence national pour la rénovation urbaine) ont servi à débloquer des opérations en panne de financement, mais ne suffiront pas à renflouer l’avenir : « il manque 1,5 Md€ pour boucler des projets déjà signés entre les collectivités et l’Anru », affirme Thierry Repenti. Yves Lafoucrère, le directeur général de l’Immobilière 3F, l’un des grands bailleurs sociaux est aussi inquiet « jusqu’en 2011, on peut peut-être tenir, à partir de 2012, sans même comptabilisé les probables dérapages de coûts, nous allons rencontrer un réel problème, or il ne faut pas abandonner ces projets alors que certains quartiers commencent à se transformer. »
Constructeurs et promoteurs regardent l’avenir avec angoisse : les crédits accordés pour un an ont été dépensés et la production de 333 250 logements est en baisse de 16,7 % par rapport à 2008. Les aides prolongées ne le sont que de quelques mois : « fin juin, c’est beaucoup trot tôt pour stopper le doublement du prêt à taux zéro, cela va créer un effet d’aubaine au premier trimestre et il ne se passera plus rien ensuite », prévoit Christian-Louis Victor, le président de l’union des maisons françaises. Comme d’autres, il regrette la complexité du Pass-Foncier également prévu pour s’éteindre fin 2010 qui n’a pas eu le succès attendu.
D’ici à six mois, douze tout au plus, les mesures exceptionnelles auront vécu. « Elles auront servi à soutenir l’emploi ce qui est essentiel, mais pas à résoudre la crise du logement », critique un promoteur. Demeureront les dispositifs de défiscalisation qui depuis une vingtaine d’années dopent l’industrie du logement en France et ont coûté à l’Etat, 605 M€ en 2009, selon le secrétariat d’Etat au logement. Le Scellier est le système le plus onéreux de tous, selon un rapport du député Gilles Carrez sur les finances publiques à l’Assemblée nationale : les 50 000 logements vendus sous ce régime en 2009 devraient coûter à l’Etat 2,8 Md€ de recettes fiscales sur la période 2010-2025, soit 60 000 euros par logement accordés au parc privé. L’aide au secteur social, même en période de relance, n’atteint pas ce montant.
(Source : Les Echos)