Finalement, l’extension maritime de Monaco, projet pharaonique qui était entré dans la dernière phase de sélection du groupement de BTP chargé des travaux, ne se fera pas dans les délais annoncés. Plus exactement, le projet est suspendu, d’après les propos princiers. La crise financière a été invoquée comme l’une des raisons de ce renoncement que l’on dit provisoire, alors que la question de la gestion des remblais n’a semble-t-il pas donné non plus une entière satisfaction.
« Je veux m’assurer que les conséquences au niveau de l’environnement soient les plus minimes possibles ». Connu pour son investissement dans le développement durable et l’écologie, le prince souverain de Monaco n’a sans doute pas voulu laisser le Rocher abîmer son écosystème très jalousement protégé. Précurseur en matière de solutions environnementales, notamment via sa Fondation, Albert II n’a semble-t-il pas été entièrement convaincu par les solutions présentées par les deux derniers groupements encore en lice quant à la gestion des remblais. Déjà dans les éléments présentés dès le lancement de l’opération en mars dernier, il avait été spécifié l’interdiction stricte de remblais devant le complexe des Spéluges par souci de préservation du tombant coralligène. Alors qu’ailleurs, ils devaient être limités et strictement encadrés.
Le projet, jugé pharaonique tant par ses exigences urbanistiques et architecturales – 275 000 m2 de surface hors œuvre, emprise bâtie limitée à 45 % de l’emprise totale, architecture contemporaine et bioclimatique – que par son coût financier estimé entre 5 et 10 milliards d’euros, restera donc sur le papier.
Les deux groupements choisis en septembre dernier parmi les 5 retenus avant l’été n’auront pas remporté les suffrages princiers. Ni Norman Foster - l’architecte qui signera tout de même le nouveau yacht-club monégasque, et à qui l’on doit le viaduc de Millau, ni Daniel Libeskind, qui redonnera vie au World Trade Center, ne devront être départagés. Car la Principauté veut y aller piano. Dès la mi-janvier, tout ce qu’il est connu d’experts en courantologie, protection environnementale, récifs artificiels, écotoxicologie, se sont réunis pour un débriefing sur le sujet. Les associations de défense de l’environnement, parfois hostiles, ont même été conviées à nourrir le débat.
Le BTP azuréen, concerné en premier lieu par ce chantier d’envergure, et qui n’a pour l’heure pas grand-chose à se mettre sous la dent, surtout après la livraison du tramway niçois, devrait se consoler avec les autres grands travaux prévus pendant les deux prochaines années. Un nouveau yacht-club, un nouvel hôpital, un nouveau collège, l’aménagement du Port Hercule, des travaux ici et là… En tout, 2 milliards d’euros investis. Le temps que la crise s’essouffle… Et que l’extension maritime redevienne d’actualité ?
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