Si la messe n’est pas encore dite, avec la signature de la DUP (déclaration d’utilité publique) signée le 12 septembre dernier, on a fait un grand pas vers la réalisation d’un projet attendu depuis 15 ans par la plupart des élus de la région Nord - Pas-de-Calais, au premier chef concernés par le projet.
Pour Michel Margnes, président par intérim de VNF : « Cette déclaration d’utilité publique consacre 15 ans de travail et d’efforts des équipes de VNF (Voies navigables de France). Elle répond aux attentes des territoires et des acteurs économiques et marque une étape décisive vers la réalisation de l’un des plus grands projets en Europe de transport et d’aménagement durable ». Reste maintenant à lancer l’appel à candidature avant la fin 2008. C’est en tout cas l’objectif de VNF.
Symbole du renouveau de la voie d’eau sur nos territoires, ce projet fera entrer la France de plain-pied dans l’Europe fluviale à grand gabarit. Après la signature des protocoles avec la profession agricole en juillet dernier, cette étape essentielle permet d’envisager une ouverture des travaux en 2011.
D’une longueur de 106 km, Seine-Nord Europe a pour objectif de développer un réseau multimodal de transport, grâce à la réalisation de plates-formes logistiques adossées au canal et interconnectées aux réseaux ferroviaire et routier.
En termes de trafic, ce sont entre 13,3 et 15 millions de tonnes de marchandises qui seront transportées sur la liaison Seine-Escaut d’ici à 2020, multipliant par 3 le trafic sur ce même corridor nord-sud.
Quand il sera mis en service, des bateaux de 4 000 t contre 700 actuellement pourront naviguer dans le Nord de la France. L’ouvrage formera ainsi une véritable autoroute de transport de fret à grand gabarit.
Le coût de 3,2 Md€ valeur 2005 correspond à un besoin de financement de 4,2 Md€ sur la période de réalisation 2011/2015. Seine-Nord Europe sera financé par l’Europe, l’État, les collectivités territoriales desservies et les partenaires privés, à travers la réalisation d’un partenariat public-privé.
À travers cette DUP et les orientations du « Grenelle de l’environnement », le transport fluvial pourra renforcer sa compétitivité et ses contributions à la protection de l’environnement pour participer à l’objectif fixé par le gouvernement d’accroître de 25 % la part modale des modes alternatifs au transport routier d’ici 2020. Mode de transport aux externalités (pollution, congestion…) les plus faibles selon la Commission européenne, les voies navigables constituent, par leur compétitivité, leur efficacité et leur sécurité, un levier de croissance durable pour les territoires. Sa mise en œuvre fait l’objet d’une collaboration avec les collectivités territoriales concernées (allant du Havre jusqu’à Lille).
► L’itinéraire
Le tracé, d’une longueur de 106 km entre Janville (dans l’Oise) et Arieux (Pas-de-Calais), aura une largeur de 54 m (en surface) et une hauteur d’eau de 4,5 m. Il s’intègre dans une bande de 500 mètres entre Oisy-le-Verger (15 km de Cambrai) et Janville (nord de Compiègne). Une hauteur libre sous les ponts de 7 m permettra le passage de barges avec trois niveaux superposés. Celles-ci auront à franchir 7 écluses de 190 m, 3 ponts canaux dont un de 1,3 kilomètre au-dessus de la Somme, 59 ponts routiers et ferroviaires dont le gabarit d’un grand nombre d’entre eux doit être revu à la « hausse ». Le chantier s’annonce donc pharaonique !
► Les retombées économiques
Sur le nouveau canal, quatre zones d’activités portuaires et logistiques sont prévues : Cambrai-Marquion, Péronne - Haute-Picardie, Nesle et Noyon. Un sacré plus pour le développement économique du Cambrésis. « Ça dépasse le cadre local Cambrai-Arras. Il faut raisonner à une échelle régionale. On veut faire venir des centres de distribution européens », précise Patrice Joosep, directeur général adjoint de la chambre de commerce et d’industrie d’Arras. D’après les projections, d’ici à 2020, 17 millions de tonnes (Mt) de marchandises emprunteront le canal Seine-Nord (5,3 Mt sans ce dernier) ; 6,5 Mt de marchandises seront aussi retirées de la route : soit plus de 300 000 camions évités par an. D’ici à 2020, 5,5 Mt de marchandises passeront sur les plates-formes portuaires entre Arleux et Compiègne. Principales filières bénéficiaires ? Les produits agricoles (5 Mt transportés en 2020 contre moins de 1,5 Mt en 2000), les granulats (sans le canal, c’est 3 Mt de plus sur la route en 2020), les produits pétroliers (en 2020, le trafic par voie fluviale sera 4 fois plus important qu’aujourd’hui).
► Les emplois créés
Pendant les cinq ans que dureront les travaux, outre les 4 000 emplois directs générés par le chantier, près de 10 000 emplois annuels seront créés. Les estimations indiquent entre 10 et 15 000 emplois en 2022, soit dix ans après son ouverture, pronostique François Gauthey, directeur général de Voies navigables de France.