Confrontée à l’instabilité énergétique et à la dépendance au pétrole, la filière appelle à réduire structurellement le recours aux énergies fossiles et à diversifier les sources d’énergie sur chantier. L’électrification s’affirme comme la réponse principale, portée par les progrès rapides des batteries et une structuration progressive des chaînes de valeur. Raccordement au réseau, solutions hybrides associant réseau et stockage, dispositifs autonomes de distribution : les modèles de fourniture d’énergie se diversifient.
Plusieurs expérimentations illustrent cette dynamique, à l’image du partenariat entre Volvo Trucks, Colas et TotalEnergies pour transporter de l’électricité sur des chantiers lyonnais, ou de dispositifs de livraison par camion alimentant des batteries mobiles, avec jusqu’à 80 % d’économies d’énergie face à un groupe électrogène classique. Cette accélération s’appuie aussi sur la réglementation européenne entrée en vigueur en 2025 et le déploiement progressif du passeport batterie.
Pour Marie Bessières, vice-présidente de la CAMD, les solutions techniques existent désormais bel et bien et l’enjeu n’est plus de prouver qu’elles fonctionnent, mais de généraliser leur usage.
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Le changement d’échelle se heurte cependant à des freins structurels : des surcoûts d’acquisition allant de 20 à 50 % sur les petits équipements, et dépassant 100 % pour certains matériels lourds, une connaissance encore inégale des solutions sur le terrain, et un cadre réglementaire jugé insuffisamment incitatif.
Selon l’étude Arthur D. Little commandée par la CAMD, l’électrification progressera surtout sur les petits matériels d’ici 2030, plus timidement sur les équipements lourds. À horizon 2035, les petites gammes atteindraient 23 à 44 % du parc, contre seulement 14 à 18 % pour les matériels lourds — un niveau jugé insuffisant au regard de l’objectif de réduction de 30 % des émissions de la filière. Dans ce contexte, le coût total de possession (TCO) apparaît comme le levier permettant de dépasser la seule logique du prix d’achat, en intégrant usage, maintenance et durée de vie des équipements. Une implication renforcée des donneurs d’ordre, dès la conception des projets, est jugée indispensable pour transformer les expérimentations réussies en modèles reproductibles.
De l’expérimentation au changement d’échelle...
Au-delà de l’électrification, la durabilité des équipements s’impose comme second enjeu majeur. Une enquête menée par la filière révèle que la fiabilité arrive en tête des critères, devant la réparabilité et l’impact environnemental : pour 39 % des répondants, un matériel durable est avant tout un matériel qui ne tombe pas en panne. La filière travaille ainsi à un référentiel commun de durabilité, sorte de Nutri-Score du matériel intégrant réparabilité, fiabilité et performance environnementale, pour mieux objectiver les décisions d’achat.
Une dynamique à construire collectivement
Les solutions existent, sont testées et commencent à se déployer : reste à les massifier à l’échelle de la filière, en structurant les modèles économiques et en renforçant la lisibilité des choix d’investissement. Olivier Colleau, président de la CAMD, insiste sur ce point : la dynamique collective engagée depuis deux ans, avec des adhérents toujours plus nombreux et impliqués, est essentielle pour accélérer ensemble, dans la transparence, la décarbonation du secteur.