Le cycle municipal est souvent synonyme de ralentissement de la commande publique, avant une reprise progressive des investissements. Pour les entreprises de travaux publics, cette période de transition intervient alors que les besoins de renouvellement des réseaux d’eau potable et d’assainissement ne cessent de croître. « Nous traversons une période compliquée et nous avons du mal à redémarrer », constatait Christophe Ruas, président des Canalisateurs, lors des Rencontres régionales de l’eau et de l’assainissement organisées par les Canalisateurs du Sud-Est, début octobre.
Au-delà des difficultés conjoncturelles, le dirigeant appelle à inscrire la question des infrastructures dans le débat politique national. Les réseaux vieillissent, tandis que les tensions sur la ressource et les effets du changement climatique fragilisent les territoires. « Nous ne pouvons pas considérer comme satisfaisant un réseau d’eau potable dont l’âge moyen approche 150 ans. Pour l’assainissement, la situation est encore plus préoccupante », alerte-t-il. La détection des fuites et les progrès technologiques ne suffiront pas à compenser indéfiniment la dégradation du patrimoine. « À un moment, il faut renouveler », indique encore le président.
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Pour Christophe Ruas, l’enjeu n’est pas seulement de réparer les réseaux lorsqu’ils cèdent, mais de programmer les investissements dans la durée. Certains syndicats atteignent déjà des taux de renouvellement de 1,4 %, soit un rythme permettant de remplacer le patrimoine en environ 70 ans. Des exemples qui démontrent, selon lui, qu’une politique ambitieuse reste compatible avec un prix de l’eau maîtrisé.
Les Canalisateurs proposent ainsi de doubler le taux de renouvellement des réseaux, pour un surcoût estimé à environ 70 centimes par mètre cube. « Sommes-nous prêts à investir 70 centimes de plus pour garantir la pérennité de nos réseaux et de notre ressource en eau ? » interroge le président. L’argument dépasse la seule continuité du service : des réseaux d’assainissement étanches contribuent aussi à protéger les nappes, tandis que des conduites fragilisées exposent les territoires à des ruptures d’approvisionnement, particulièrement en période estivale.
Encore faut-il donner aux collectivités les moyens de passer à l’action. Christophe Ruas plaide pour préserver les financements des agences de l’eau consacrés au petit cycle de l’eau, c’est-à-dire à l’eau potable et à l’assainissement. Si les besoins du grand cycle de l’eau justifient des financements importants, leur prise en charge ne doit pas se faire au détriment du renouvellement des réseaux. Le président rappelle l’effet levier des aides des agences : un euro apporté peut générer environ quatre euros de travaux. Leur rôle est également déterminant pour les territoires ruraux, où les coûts d’entretien et de renouvellement sont répartis sur un nombre plus faible d’abonnés.
Sécuriser la ressource et diversifier les usages
Les deux autres propositions visent à mieux répartir la ressource et à réduire la dépendance à l’eau potable. La première consiste à développer les interconnexions entre réseaux, afin de permettre aux collectivités de se soutenir en cas de tension sur l’approvisionnement. D’un territoire à l’autre, les situations peuvent fortement différer, y compris à quelques kilomètres de distance. Une réflexion à plus grande échelle permettrait de mieux anticiper les crises et de renforcer la solidarité territoriale.
La seconde porte sur le développement des réseaux d’eau brute et d’eau non potable. La réutilisation des eaux usées traitées constitue une solution parmi d’autres, mais ne répond pas à tous les besoins. L’utilisation d’eau potable pour certains usages, notamment la lutte contre les incendies, mérite ainsi d’être réinterrogée. Des réseaux spécifiques pourraient acheminer une ressource adaptée au plus près des besoins, sans mobiliser systématiquement celle destinée à la consommation humaine.
Ces propositions s’inscrivent dans une même logique : anticiper plutôt que subir. Pour le président des Canalisateurs, le coût de l’inaction doit davantage peser dans les arbitrages publics. Chaque investissement doit être utile, mais différer les travaux ne supprime pas les besoins ; cela risque d’en alourdir les conséquences. À l’approche de la présidentielle, la profession entend donc rappeler aux futurs candidats que le renouvellement des réseaux relève autant de la sécurité de l’approvisionnement que de la protection de la ressource et de la résilience des territoires.