Pendant plus d’une décennie, Mecalac s’est engagé dans une stratégie d’expansion internationale ambitieuse, mais dont les fondations se sont révélées fragiles lorsque les marchés se sont retournés. L’acquisition d’Ahlmann en Allemagne, réalisée à une époque où le constructeur français nourrissait de grandes ambitions européennes, a lourdement pesé sur les finances du groupe. Si la marque allemande disposait d’une image forte sur son marché domestique, le maintien d’un site industriel historique aux coûts élevés s’est progressivement transformé en fardeau. La situation n’était guère plus simple au Royaume-Uni. L’usine héritée des marques Benford puis Terex, spécialisée dans les mini-tombereaux et les compacteurs, a elle aussi nécessité de lourds investissements et d’importantes restructurations, notamment dans les fonctions d’ingénierie.
PUBLICITÉ
Un savoir-faire unique à préserver
L’intérêt de Fayat pour Mecalac dépasse largement le simple sauvetage industriel. Le groupe a identifié dans la marque savoyarde un patrimoine technologique rare et une capacité d’innovation unique dans le secteur. Mecalac demeure en effet le créateur de concepts devenus emblématiques, à commencer par la pelle-chargeuse sur pneus de 10 t, un engin sans équivalent direct sur le marché. Une spécialisation qui complète parfaitement l’offre de Fayat dans les domaines de la construction urbaine, de l’aménagement et des travaux publics.
Pour conduire ce redressement, Fayat a confié les commandes à Pierre Lahutte. Sa mission : prendre enfin les décisions que beaucoup jugeaient indispensables depuis plusieurs années. La plus symbolique concerne l’Allemagne. La fermeture du site Ahlmann et le rapatriement de la fabrication des chargeuses Swing à Annecy constituent sans doute le tournant majeur de la restructuration.
L’intégration des chargeuses Swing à Annecy
Au siège historique de Mecalac, l’intégration de cette nouvelle production représentait un véritable défi industriel. « Cette transformation industrielle dans une usine existante a représenté un véritable challenge. Je tiens à remercier l’ensemble des équipes impliquées dans ce projet technique ambitieux. Un an après son lancement, la première chargeuse Swing assemblée à Annecy vient de sortir de chaîne. » Au-delà du transfert industriel, cette décision sécurise l’avenir du site savoyard et de ses quelque 250 salariés. Elle consolide également l’activité de l’usine d’Albens, spécialisée dans les systèmes hydrauliques et employant une cinquantaine de collaborateurs.
L’opération s’accompagne d’un renouvellement produit. Fidèle à l’ADN innovant de la marque, Mecalac prépare déjà une nouvelle génération de chargeuses qui doit progressivement remplacer les modèles actuels.
Un recentrage assumé sur les activités rentables
La restructuration menée par Fayat ne se limite pas à une réorganisation industrielle. Elle passe également par un recentrage drastique de l’offre.
L’objectif est clair : concentrer les ressources sur les produits qui font réellement la force de Mecalac.
Parmi eux figurent :
les pelles-chargeuses 12MTX et la gamme 12 Series ;
les pelles sur pneus à châssis MWR et les pelles compactes sur chenilles MCR ;
les mini-tombereaux et les compacteurs produits au Royaume-Uni.
À l’inverse, certaines activités ont été abandonnées, notamment les chargeuses-pelleteuses fabriquées en Turquie ainsi que les chargeuses compactes MCL, un segment très concurrentiel typé agricole où Mecalac peinait à dégager des volumes suffisants, même en tant que fournisseur également de Manitou. Cette cure d’amaigrissement s’est traduite par une forte réduction des effectifs. Le groupe emploie désormais environ 500 personnes contre près de 850 à l’époque de sa plus forte expansion.
Une nouvelle phase de développement
Pour Pierre Lahutte, l’essentiel du travail de restructuration est désormais derrière l’entreprise. « Nous pouvons désormais regarder vers l’avenir avec des perspectives intéressantes. Nous allons capitaliser sur notre label Origine France, renforcer notre présence en Allemagne grâce au soutien du réseau Bomag et poursuivre l’électrification de nos gammes. » D’une capacité de 200 chargeuses par an sorties d’Annecy, Pierre Lahutte projette à moyen terme les 500 unités, "l’usine d’Annecy est capable de produire facilement plus de 1 000 machines par an, ce fut déjà le cas". D’autant plus que les commandes massives engagées par la Bundeswehr dans le cadre du réarmement allemand constituent probablement le plus puissant levier de croissance pour les chargeuses Swing de Mecalac.
Le dirigeant voit plusieurs opportunités de croissance. Parmi elles, la disparition récente d’un matériel concurrent historique sur le segment des pelles sur pneus compactes ouvre de nouvelles portes chez de nombreux concessionnaires allemands. L’électrification constitue également un axe stratégique majeur. La pelle électrique e12 suscite un intérêt croissant, notamment grâce à une autonomie capable de couvrir une journée complète de travail sur de nombreux chantiers urbains.
Plus encore que les chiffres, c’est l’état d’esprit qui semble avoir changé au sein de l’entreprise. « Les équipes ont retrouvé le sourire. Elles disposent aujourd’hui d’une meilleure visibilité sur leur avenir et bénéficient de la puissance d’un groupe international comme Fayat. Toutes les conditions sont réunies pour permettre à Mecalac de renaître ».
Après plusieurs années d’incertitudes, le constructeur savoyard semble ainsi entrer dans une nouvelle ère. Plus concentré, plus cohérent industriellement et désormais adossé à un actionnaire solide, Mecalac dispose enfin des moyens nécessaires pour transformer son génie de l’innovation en réussite économique durable.