Le déploiement de la fibre optique à Mayotte prend un nouveau tournant. Dans sa décision du 21 octobre 2026, l’Autorité de la concurrence a ordonné des mesures conservatoires visant Orange, dont les déploiements dans les cinq communes les plus denses de l’île sont susceptibles de constituer un abus de position dominante. Selon l’Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel, l’Avicca, ces initiatives risquent de fragiliser le réseau d’initiative publique (RIP) engagé par la collectivité et de compromettre les financements publics associés au Plan France Très Haut Débit.
L’association, qui représente les collectivités engagées dans l’aménagement numérique, se félicite de cette décision. Elle estime qu’elle confirme le bien-fondé de la plainte déposée conjointement par la collectivité mahoraise et son délégataire. Elle y voit également un rappel de la nécessité de préserver la cohérence des déploiements publics et privés, plutôt que de laisser se multiplier des initiatives concurrentes sur un même territoire.
PUBLICITÉ
Pour Patrick Chaize, président de l’Avicca, cette décision doit désormais ouvrir la voie à une négociation entre les parties, sous l’égide d’un État impartial, afin d’accélérer le déploiement du réseau public attendu par les habitants. Il affirme avoir proposé une médiation aux gouvernements successifs, sans succès, et déplore les retards ainsi que les pertes de ressources publiques et privées qui en ont résulté.
L’association appelle également le gouvernement à rétablir en urgence, dans le projet de loi de finances pour 2027, les crédits nécessaires au projet. Patrick Chaize réclame le rétablissement de 22,8 millions d’euros en autorisations d’engagement, destinés à financer le réseau. Il rappelle que plusieurs amendements en faveur de Mayotte, adoptés au Sénat puis repris à l’Assemblée nationale, ont été annulés par les gouvernements successifs.
Préserver l’équilibre des réseaux d’initiative publique
Au-delà du cas mahorais, l’Avicca dénonce une remise en cause de l’équilibre construit dans le cadre du Plan France Très Haut Débit. Elle rappelle que l’État avait affirmé, dès 2017, sa volonté de consolider les zones d’initiative publique et privée existantes, plutôt que de rouvrir les périmètres de déploiement déjà contractualisés. Pour Patrick Chaize, la décision de l’Autorité de la concurrence constitue ainsi un signal en faveur de l’intérêt général et du rôle des collectivités dans l’aménagement numérique des territoires. L’association attend désormais que l’État tire les conséquences de cette décision, tant sur le plan financier que dans l’organisation des déploiements à Mayotte.