À l’occasion de son centenaire, le syndicat Intercommunal des Eaux de Ribemont dresse le bilan d’une transformation engagée dès 2020. Créé il y a un siècle, le syndicat assure aujourd’hui la gestion de l’eau potable de 11 communes, représentant près de 10 000 habitants.
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La première étape a consisté à remplacer la relève manuelle des compteurs par la radio-relève. Un changement qui a considérablement réduit les tournées de terrain : pour quelque 3 000 compteurs, la relève manuelle nécessitait auparavant plus d’une vingtaine de semaines de porte-à-porte.
Mais cette solution ne permettait pas encore de disposer d’une vision suffisamment régulière des consommations. Une fuite survenant après le passage des agents pouvait ainsi rester invisible pendant plusieurs mois. À la clé : 30 000 à 35 000 m³ d’eau perdus chaque année et jusqu’à 60 000 euros de dégrèvements et de pertes financières pour le Syndicat.
Un réseau LoRaWAN pour mieux détecter les fuites
Pour franchir une nouvelle étape, le Syndicat a lancé en 2021 le déploiement d’un réseau LoRaWAN privé, financé sur ses fonds propres. Une étude préalable a permis de définir l’implantation d’une vingtaine d’antennes fournies par Requea, afin de couvrir le territoire et d’assurer la continuité des communications. Le dispositif a ensuite été déployé progressivement entre 2023 et 2025, parallèlement au renouvellement de 5 000 compteurs au profit de compteurs connectés Itron. Une soixantaine d’enregistreurs de bruit ont également été installés sur les conduites pour compléter le dispositif et faciliter la localisation des fuites invisibles.
Cette infrastructure transforme surtout la gestion du réseau en donnant accès à des données remontées automatiquement. Une fuite souterraine, générant près de 30 euros de pertes par jour, a ainsi pu être détectée grâce à un capteur IoT alors qu’elle était totalement invisible en surface.
Un rendement porté à 93 %
Les résultats se mesurent directement sur les volumes perdus. En permettant d’identifier plus rapidement les anomalies de consommation, la télérelève a contribué à faire passer les volumes concernés par les dégrèvements d’environ 30 000 à 35 000 m³ par an à près de 1 000 m³. Le rendement du réseau atteint désormais environ 93 %. « La télérelève nous a permis de travailler de manière bien plus efficace », souligne Philippe Lefèvre, président du syndicat intercommunal des eaux de Ribemont. La collectivité peut désormais prévenir plus rapidement les abonnés et les accompagner dans l’identification de l’origine d’une consommation anormale.
La technologie améliore également la relation avec les usagers. Les estimations sont réduites, les consommations deviennent plus lisibles et les alertes précoces limitent les litiges. Le temps gagné sur la relève a par ailleurs permis de réorienter les ressources humaines vers des missions à plus forte valeur ajoutée. Deux postes ont notamment été créés pour renforcer la recherche de fuites et les travaux de terrassement.
Un socle pour le territoire intelligent
Pour le syndicat, le réseau LoRaWAN ne constitue toutefois pas uniquement une infrastructure dédiée aux compteurs d’eau. Son potentiel pourrait être élargi à d’autres capteurs et à de nouveaux services publics. Une application destinée aux abonnés pourrait notamment leur permettre de suivre leur consommation et de recevoir plus rapidement des alertes en cas d’anomalie. À l’échelle intercommunale, le réseau pourrait également servir à la transmission de données concernant l’éclairage public, les déchets, les bâtiments, la qualité de l’air ou encore l’efficacité énergétique.
« Bon nombre d’élus locaux se demandent comment s’appuyer sur le réseau LoRaWAN pour faire remonter d’autres données terrain », observe Charles-Alexandre Concédieu, directeur commercial des Solutions Eau chez Itron. Initialement conçu pour optimiser la gestion de l’eau, le réseau devient ainsi un potentiel socle numérique pour accompagner de nouveaux usages et faire progressivement entrer le territoire dans une logique de services intelligents.