Réseaux VRD : Comment votre parcours vous a-t-il conduit à vous engager dans les travaux sans tranchée ?
Guillaume Lanfranchi : Mon parcours s’est construit progressivement. À l’origine, je viens du monde de l’environnement : j’ai étudié à la faculté de Corse, avec une sensibilité forte pour les milieux naturels, les écosystèmes aquatiques, la biodiversité, la préservation des ressources. Ce n’étaient pas les travaux publics qui m’attiraient au départ. Ce n’est qu’au fil de mes expériences que j’ai découvert le secteur de l’eau potable et de l’assainissement. J’y ai trouvé un équilibre entre technique et engagement environnemental : concevoir des projets utiles aux habitants tout en préservant les ressources naturelles. J’ai ensuite occupé différentes fonctions, en maîtrise d’ouvrage comme en maîtrise d’œuvre, puis en exploitation de réseaux. Ces expériences m’ont permis d’avoir une vision globale des enjeux. Et très vite, une évidence s’est imposée : la gestion patrimoniale des réseaux est au cœur du sujet.
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G. L. : Parce que nous faisons face à des patrimoines considérables. En Île-de-France, où je dirige les Services Techniques du Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif), on parle de 8 000 km de réseaux, avec des diamètres très variés, de 60 mm jusqu’à 2 m, et des investissements qui se chiffrent en milliards d’euros. Le défi est de les renouveler de manière structurée, tout en maîtrisant les coûts et en maintenant un haut niveau de service. Or, ces travaux se déroulent majoritairement en milieu urbain dense, avec des contraintes très fortes notamment pour les habitants.
Dès lors, les élus attendent à la fois un service performant… et un minimum de perturbations pour les habitants et les activités économiques. C’est là que les techniques sans tranchée prennent tout leur sens.
RVRD : En quoi ces techniques changent-elles la donne ?
G. L. : Ces techniques permettent de réduire fortement les nuisances de chantier, mais aussi l’impact environnemental. Moins d’excavation, moins de transport de matériaux, moins de ressources mobilisées, le bilan carbone est ainsi nettement amélioré, un argument qui est devenu central dans les choix des maîtres d’ouvrage.
Les TST répondent donc parfaitement aux contraintes des territoires urbains et aux attentes sociétales actuelles. Ce qui était hier une alternative devient aujourd’hui, dans de nombreux cas, une solution de référence.
RVRD : On assiste aujourd’hui à une montée en puissance de ces techniques pourtant elles ont déjà plusieurs dizaines d’années d’existence ?
G. L. : Elles existent depuis les années 1990, mais ont connu des avancées majeures. Aujourd’hui, elles permettent d’intervenir dans des environnements beaucoup plus complexes, avec une précision accrue. Les microtunneliers, par exemple, ne se limitent plus à des tracés rectilignes et peuvent désormais réaliser des courbes. Mais elles sont tout aussi pertinentes sur des chantiers plus simples, par exemple pour un branchement avec les techniques de la fusée ou à la tarière.
Le développement du chemisage est tout aussi remarquable car cette technique permet de réhabiliter des canalisations existantes sans ouvrir la voirie, en recréant un réseau neuf à l’intérieur de l’ancien. Une véritable avancée en matière de gestion patrimoniale.
Par ailleurs, ces solutions sont désormais bien maîtrisées et offrent un haut niveau de fiabilité, ce qui rassure les maîtres d’ouvrage.
Les bénéfices sont aussi très concrets sur le terrain. Au sein du Sedif ou du département du Val de Marne où j’exerçais comme directeur de l’assainissement, j’ai quelques exemples comme à Créteil, sur le carrefour Pompadour, où une conduite a été réhabilitée par chemisage sous un carrefour très fréquenté. Là où plusieurs mois de travaux auraient été nécessaires, l’intervention a été réalisée en quelques semaines. Autre exemple à Sèvres, où un microtunnelier a permis de passer sous des axes routiers majeurs et un tramway sans interrompre la circulation. Sans ces techniques, les impacts auraient été considérables.
RVRD : Le sans tranchée est-il devenu incontournable ?
G. L. : Dans de nombreux cas, oui. L’acceptabilité sociale des chantiers est devenue un critère déterminant : il n’est plus envisageable de bloquer des axes ou des centres-villes pendant des semaines. Pour autant, ces techniques restent encore sous-utilisées. Il existe un véritable enjeu de sensibilisation, notamment auprès des petites collectivités et des bureaux d’études, qui jouent un rôle clé dans l’orientation des choix techniques.
C’est précisément la mission de la FSTT : mieux faire connaître ces solutions, en démontrer les bénéfices et accompagner leur appropriation par l’ensemble des acteurs. Leur mise en œuvre repose en effet sur une expertise spécifique — en particulier en géotechnique et en connaissance des sols — indispensable pour garantir des projets fiables et performants. Il ne s’agit pas d’opposer les techniques, mais de promouvoir les solutions les plus adaptées à chaque contexte.
Par ailleurs, mon engagement au sein de l’association Ingé Chef, qui regroupe les ingénieurs en chef territoriaux, me permet de rester en lien étroit avec de nombreux décideurs publics. En tant que vice-président, après en avoir assuré la présidence, je peux ainsi contribuer à diffuser ces approches au sein des collectivités.
Même si la FSTT s’adresse à l’ensemble des maîtres d’ouvrage, publics comme privés, cette proximité avec les acteurs publics est un véritable atout : elle facilite les échanges et permet de mieux appréhender leurs attentes, leurs contraintes et leurs modes de décision.
RVRD : Pourquoi les techniques sans tranchée sont-elles particulièrement pertinentes aujourd’hui ?
G. L. : Elles répondent directement aux enjeux actuels des réseaux. Tous les réseaux enterrés sont concernés : eau, assainissement, gaz, électricité, télécommunications, chauffage urbain… Or, avec la densification des villes, leur cohabitation devient de plus en plus complexe. Dans le même temps, ces réseaux sont au cœur des grandes transitions, écologique, énergétique et numérique. Cela impose d’intervenir de manière plus efficace, plus discrète et avec un impact maîtrisé.
Dans ce contexte, les techniques sans tranchée offrent une réponse particulièrement adaptée. Elles permettent d’intervenir dans des environnements contraints et saturés, tout en limitant les nuisances. Ce n’est pas une solution universelle, mais elle s’impose de plus en plus comme une évidence dans de nombreux cas.
Je parlais du chemisage précédemment. Maintenant, on le fait aussi pour l’eau potable, ce qui est tout récent en France, une innovation et de nouvelles techniques qui permettront à la fois d’étendre les possibilités et d’améliorer finalement les chantiers.
RVRD : Vous insistez sur le rôle des bureaux d’études. Pourquoi est-il déterminant ?
G. L. : Parce qu’ils sont au cœur du conseil technique. Ils disposent à la fois de l’expertise et du retour d’expérience, acquis sur de nombreux projets en France et à l’international. Leur rôle est d’orienter les maîtres d’ouvrage vers les solutions les plus adaptées. Et ces maîtres d’ouvrage sont très variés, on parle des collectivités mais aussi acteurs privés des réseaux de gaz, d’électricité ou de télécommunications. Tous sont confrontés aux mêmes défis.
Au fond, qu’il s’agisse d’assainissement, d’énergie, de chauffage urbain, en plein développement, ou encore de réseaux de rafraîchissement, les problématiques convergent. La multiplication des infrastructures souterraines rend leur cohabitation de plus en plus complexe. D’où la nécessité de mieux coordonner, d’optimiser les tracés et de choisir les techniques les plus pertinentes pour intervenir efficacement.
RVRD : Quelles seront vos priorités à la présidence de la FSTT ?
G. L. : La gestion patrimoniale reste le sujet central. Pendant longtemps, l’accent a été mis sur le développement des réseaux, parfois au détriment de leur renouvellement. Nous devons aujourd’hui rattraper ce retard, dans un contexte où les exigences environnementales sont de plus en plus fortes. Les techniques sans tranchée apportent une réponse concrète, avec des bénéfices économiques, sociaux et environnementaux.
Il faut également accompagner la montée en compétence des acteurs. La FSTT joue un rôle clé à travers la formation et la diffusion des bonnes pratiques.
Ma priorité est de renforcer la visibilité de la FSTT et de promouvoir encore davantage ces techniques. Nous devons accompagner la montée en compétence de l’ensemble des acteurs, maîtres d’ouvrage, bureaux d’études, entreprises, notamment via la formation.
Nous souhaitons également poursuivre le travail sur les normes, collaborer avec l’ensemble de l’écosystème et contribuer aux outils d’évaluation environnementale communs, notamment sur les bilans carbone comme pour l’outil SEVE TP.
RVRD : La FSTT s’inscrit-elle dans une logique de partenariat ?
G. L. : Absolument. Nous travaillons avec de nombreux acteurs : les grandes fédérations professionnelles, les organismes de normalisation comme le CSTB, l’AFNOR, le CERT, les associations comme l’ASTEE, l’AMORCE, les collectivités. Les enjeux sont communs, notamment sur la gestion patrimoniale et la transition écologique. Nous partageons des enjeux communs, notamment sur la réduction de l’empreinte carbone des chantiers et l’optimisation des investissements. L’objectif est d’avancer collectivement.
Aujourd’hui, on estime que 10 à 15 % des chantiers y ont recours. Ce chiffre pourrait atteindre 30 % dans les prochaines années.
Ce n’est pas une solution universelle, mais c’est une solution incontournable dans un nombre croissant de situations. Et surtout, elle répond parfaitement aux exigences actuelles : moins d’impact, plus d’efficacité, et une meilleure acceptabilité sociale.
Propos recueillis par Veronica Velez
Une fédération au cœur de la transformation
Association scientifique et technique, la FSTT fédère l’ensemble des acteurs des réseaux enterrés : maîtres d’ouvrage, ingénieries, entreprises, industriels, chercheurs.
Sa mission repose sur trois piliers : recherche, formation et information. Dans un contexte où les réseaux deviennent stratégiques pour les territoires, elle s’impose plus que jamais comme un acteur clé pour accompagner leur transformation. Avec cette nouvelle présidence, la FSTT entend accélérer encore cette dynamique.
Association scientifique et technique, la FSTT fédère l’ensemble des acteurs des réseaux enterrés : maîtres d’ouvrage, ingénieries, entreprises, industriels, chercheurs.
Sa mission repose sur trois piliers : recherche, formation et information. Dans un contexte où les réseaux deviennent stratégiques pour les territoires, elle s’impose plus que jamais comme un acteur clé pour accompagner leur transformation. Avec cette nouvelle présidence, la FSTT entend accélérer encore cette dynamique.