Le gaz vert entend progressivement prendre sa place dans le mix énergétique des bâtiments. Produit notamment à partir de résidus agricoles, d’effluents d’élevage ou de déchets organiques, le biométhane est épuré avant d’être injecté dans les réseaux. Il présente alors les mêmes caractéristiques que le gaz naturel et peut alimenter les équipements existants, pour le chauffage comme pour la production d’eau chaude sanitaire. Selon GRDF, son contenu carbone est nettement inférieur à celui du gaz naturel : 41,6 g CO₂eq/kWh contre 239 g CO₂eq/kWh.
Cette évolution s’inscrit dans un objectif de verdissement progressif des réseaux gaziers. GRDF vise ainsi 20 % de gaz verts dans les réseaux à l’horizon 2030, en s’appuyant aujourd’hui principalement sur le biométhane et, demain, sur d’autres voies de production comme la pyrogazéification, la gazéification hydrothermale ou le power-to-methane. Cette trajectoire doit toutefois s’accompagner d’une diminution des consommations, grâce à la sobriété et à l’amélioration de la performance des équipements.
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L’hybridation comme compromis technique
Dans le logement collectif, l’une des pistes consiste à associer gaz et pompe à chaleur. C’est le choix retenu sur un programme de 21 logements réalisé à Saint-Julien-en-Genevois, comprenant six logements sociaux et quinze logements en accession. Livré à l’automne 2025, le bâtiment est équipé de deux PAC en toiture, fonctionnant au propane, d’environ 15 kW chacune, associées à une chaudière gaz et à un ballon tampon.
Pour le promoteur Edifib, cette solution n’a pas été ajoutée en cours de projet. Elle a été intégrée dès les études, avant même le dépôt du permis de construire. « Nous l’avons intégrée dès la conception, au moment des études, avant même le permis, avec notre bureau d’études », explique-t-il. Une anticipation nécessaire puisque le choix d’une installation hybride influe sur les locaux techniques, le schéma hydraulique et l’implantation des unités extérieures.
L’intérêt est notamment de ne pas dimensionner l’installation électrique et les PAC pour couvrir seules l’ensemble des besoins. La chaudière peut prendre le relais lorsque la pompe à chaleur atteint ses limites, notamment lors des périodes froides ou lorsque les températures d’eau nécessaires sont élevées. La régulation coordonne les deux générateurs afin d’adapter leur fonctionnement aux besoins de chauffage et d’ECS.
Dimensionner au plus juste
Cette complémentarité suppose toutefois de travailler en amont sur le dimensionnement. « Il ne fallait pas chercher à surdimensionner la pompe à chaleur », rapporte le promoteur, citant les recommandations de son bureau d’études. Une PAC trop importante peut en effet perdre en performance, tandis que son association avec une chaudière permet de conserver une capacité de relève lorsque les conditions deviennent moins favorables.
La température de fonctionnement du réseau constitue un autre paramètre déterminant. Plus la température de départ est élevée, plus le COP de la PAC se dégrade. Les bâtiments neufs offrent ici un avantage : le système de chauffage et les émetteurs peuvent être conçus dès l’origine pour fonctionner avec des températures plus basses. Le dimensionnement des radiateurs devient donc une composante essentielle de la performance globale.
L’hybridation peut également avoir des conséquences sur l’économie globale du projet. Dans le cas de Saint-Julien-en-Genevois, le promoteur estime avoir économisé entre 25 000 et 30 000 euros par rapport à un système collectif classique. Il souligne toutefois que cette estimation n’a pas encore été confrontée à une opération de plus grande taille.
Une solution qui se joue dès la conception
Au-delà du choix des générateurs, l’installation hybride impose de traiter plusieurs contraintes propres au bâtiment : emplacement des PAC, nuisances sonores, locaux techniques, hydraulique et régulation. La mixité permet ici de réduire le nombre de PAC par rapport à une installation 100 % électrique, mais nécessite une intégration architecturale anticipée.
L’exploitation constitue également un point de vigilance. Une installation performante ne garantit pas à elle seule les résultats attendus : entretien, réglages et pilotage doivent suivre. « C’est bien beau d’avoir des équipements performants, mais s’ils ne sont pas entretenus et correctement utilisés, ou si la régulation n’est pas adaptée, on peut rapidement générer des contre-performances », rappelle le promoteur.
Sur ce programme, les premiers retours sont favorables : aucun dysfonctionnement particulier ni problème d’inconfort n’a été signalé. Le bâtiment affiche par ailleurs un DPE A et respecte les exigences de la RE2020 sur l’indicateur carbone de la construction.
Pour le logement collectif, le développement du gaz vert ne signifie donc pas nécessairement le maintien des usages du gaz à l’identique. Il peut s’inscrire dans un système énergétique plus hybride, combinant sobriété, performance des équipements, pompe à chaleur et appoint gaz. Reste à démontrer, dans la durée et sur des programmes de tailles différentes, l’équilibre.