« Les expertises menées concluent à un défaut des attaches et à une mauvaise tenue de la pierre liée à des défauts pétrophysiques (calcaire provenant des carrières des Abrots), explique Gérard Helvig, le directeur bâtiment et investissement des opéras Garnier et Bastille. Trois solutions sont alors préconisées : une endoscopie réalisée au dos des 28000 modules de pierres pour mettre en évidence les désordres structuraux ; un cloutage de l’ensemble du parement ; et une réfection complète du revêtement. »
Un imbroglio judiciaire
Les difficultés techniques de la première option et la présence de fissures dans la pierre écartant la deuxième alternative conduisent, en 2006, l’Opéra national de Paris et le maître d’œuvre a lancer un appel d’offres ouvert, sous l’égide du Code des marchés publics, pour le remplacement intégral des 28 000 m2 de façades. Parallèlement, une procédure judiciaire menée par la Cour administrative d’appel de Paris, conduit à la condamnation des constructeurs et entraîne la prise en charge par les compagnies d’assurances des travaux de rénovation. Les travaux peuvent alors débuter !« Les critères définis sont de deux types, esthétique et technique », continue Gérard Helvig. Côté esthétique, l’architecte Carlos Ott prescrit une solution permettant de retrouver les qualités de la pierre naturelle et le respect de son calepinage d’origine (éléments de 90 x 90 cm). Côté technique, ils sont fixés par les exigences normatives garantissant la sécurité : les matériaux doivent être, soit des pierres posées conformément au DTU 55.2, soit des plaques composites bénéficiant d’un avis technique du CSTB. La certification reVETIR minimale est notamment exigée, et un classement minimal au feu de niveau M1 requis.
C’est en définitive la solution du parement minéral composite produit par l’entreprise Carea qui a été choisie, car répondant au cahier des charges et apportant en outre de nombreux avantages comme la mise en œuvre aisée avec un poids bien moindre que la pierre (30 kg/m2 au lieu de 80) et l’absence de porosité garantissant un nettoyage simplifié des tags et graffitis sans avoir à utiliser un traitement préventif, ainsi qu’une non-gélivité.
Une mise en œuvre réglée comme du papier à musique
« Les anciens revêtements ainsi que les isolants et systèmes d’agrafages ont été déposés et recyclés, puis les 28 000 m2 de parements Carea ont été posés à l’aide de plateformes élévatrices et d’échafaudages entre juillet 2007 et juin 2009 par le groupement d’entreprises Unimarbre et XL développement », explique Thierry Leverrier, président-directeur général de Carea, qui ajoute que « l’option de mettre une couleur sombre en partie basse pour atténuer l’impact des graffitis a été écartée par le service départemental de l’architecture et du patrimoine de Paris afin de conserver une parfaite homogénéité sur l’ensemble des façades. »La mise en œuvre du bardage Carea sur ossature aluminium a été effectuée à joints filants. Puis, l’isolant thermique et phonique de laine de verre a été placé entre le mur et le parement dont il est séparé par une lame d’air pour éviter les points de rosée. Le parement bénéficie d’un avis technique du CSTN, d’un classement feu ERP ainsi que d’un classement reVETIR*. « Alliant les qualités esthétiques et techniques de la pierre, aux performances (certifiées par Avis technique du CSTB) du minéral composite (95 % charges minérales et 5 % liant organique) ; les parements Carea produits avec une tolérance dimensionnelle de +/- 1 mm ont permis de respecter scrupuleusement le calepinage de l’architecte », note le dirigeant.
Apportant son savoir-faire industriel de trente ans dans le domaine du matériau minéral composite, l’entreprise a d’une part, adapté son produit aux points singuliers (acrotères, soubassement, etc.), et d’autre part, chantier sur site occupé oblige, accompagné les entreprises de pose dans l’élaboration du phasage du chantier étagé en fonction des contraintes d’occupation et de la typologie du bâtiment.
Une démonstration sans bémol du potentiel du minéral composite au service du patrimoine historique.
* (r : réparation 2 ; e : entretien 3, V : résistance au vent 3 ; E : Étanchéité 3 ; T : Tenue aux chocs 1 à 4 ; I : Incendie 3 ; R : Résistance thermique : 4)