A l’image de la plupart des grands secteurs industriels, le BTP français n’aura pas échappé à une nette contraction de l’économie après des années au firmament, entraînant dans sa chute les marchés de la location et de la distribution qui vivent de ses commandes. Interrogées au 3ème trimestre 2008, les entreprises des secteurs de la location et de la distribution de matériels de BTP et de Manutention, anticipaient déjà une aggravation de la baisse de leurs activités, apparue dès le mois de juin 2008. Seulement 8% d’entre eux envisageaient une hausse de leur chiffre d’affaires, contre 28% au premier trimestre de l’année.
Les résultats du baromètre conjoncturel DLR/I+C au 4ème trimestre 2008, confirment la tendance baissière, corrélative à celle de l’activité du bâtiment et des travaux publics.
Au quatrième trimestre, le chiffre d’affaires des loueurs régressent de - 8,5 % par rapport à son niveau du quatrième trimestre 2007, avec des écarts plus ou moins importants suivant que l’on soit un loueur de l’Ouest de la France ou de l’Est, ces derniers accusant une baisse de - 10 % au quatrième trimestre 2008.
Sur l’ensemble de l’année 2008, le chiffre d’affaires des professionnels de la location enregistre une baisse de - 5 %, consécutif au faible taux de rotation des parcs. Autre conséquence : Les intentions de recrutement restent faibles. Seuls 13 % des acteurs envisagent de procéder à des embauches.
Loueurs et distributeurs, logés à la même enseigne
Quant à la distribution de matériel de BTP, elle est affectée de manière plus violente. En effet, le chiffre d’affaires global des distributeurs s’effondre au quatrième trimestre (- 25 %). Sur les douze derniers mois, qu’elle que soit la région, la tendance s’oriente sur une pente baissière (- 5,5 %).
On note cependant une meilleure résistance du chiffre d’affaires relatif à la main-d’œuvre, à la vente de pièces de rechange et des déplacements, ce qui n’a rien d’anormal en temps de crise où l’on préfère réparer plus qu’acheter.
« En janvier 2009, l’activité des distributeurs en terme de vente de matériel neuf a atteint à peine le tiers du chiffre réalisé en janvier 2008 », explique Michel Gable, président du DLR (la fédération des distributeurs, loueurs et réparateurs de matériels de chantiers)… Ce qui explique en partie les difficultés rencontrées par plusieurs concessionnaires français, principalement au sein du réseau Case.
Les loueurs ne sont guère mieux lotis : « au regard des trois derniers mois de 2008, au premier trimestre 2009 nous nous attendons à une contraction de l’activité location de – 10 à - 15 %, accompagnée d’une forte dégradation des loyers, de l’ordre de 10 %. Et si les carnets de commande ne se remplissent pas d’ici là, le second semestre pourrait être encore plus durement ressenti par la profession »… Et personne n’échappe à la crise. Pas même un groupe comme Loxam dont la dimension internationale l’ébranle peut être un peu plus que ses concurrents nationaux moins tributaires de la baisse des marchés extérieurs. A cet égard, Loxam a été contraint de prendre des mesures drastiques : gel des salaires, réduction des horaires du personnel, non renouvellement des départs en retraite, arrêt des missions d’intérim et de CDD… Pour d’autres, les mesures sont carrément cauchemardesques à l’exemple de Hertz Equipement France dont l’équipe de management a été tout simplement remerciée, remplacée au pied levé par un patron américain qui a déjà fait fermer plusieurs agences. Hertz n’est pas la seule entreprise à réduire la voilure.
« Mais quelle que soit la taille et la nature de l’entreprise, les investissements des loueurs sont actuellement gelés. En 2008 les achats de matériels sont passés de 695 à 650 M€. En 2009 ils seront encore plus faibles. »
Pour la première fois depuis 2003, le chiffre d’affaires moyen par entreprise a baissé. Il passe ainsi de 4,1 M€ en 2007 à 3,9 M€ en 2008. « Une stagnation à mettre au compte de l’augmentation du nombre d’agences qui, de 2 390 est passé à 2 600. Ce qui veut dire que les sociétés de location ont continué à investir au cours de l’année dernière, certes encouragées par un bon premier semestre… », indique Hervé Cohade. Une imprudence qui, en terme de rentabilité, pourrait coûter cher à certains. « Ce n’est effectivement pas la bonne période pour s’endetter en voulant racheter un concurrent, en créant de nouveaux sites de location, voire en investissant dans de nouveaux matériels. D’autant que les banques rechignent à accorder des prêts », relate Hervé Cohade.
Maturité et flexibilité
Pourtant, malgré une très faible progression du chiffre d’affaires de la location (1,5 % en 2008) à 3,65 milliards d’euros, les professionnels pensent avoir sauvés les meubles. Ces derniers réagissent avec une certaine maturité, gérant leur entreprise de manière très réactive, au gré des évolutions des marchés du bâtiment et des travaux publics. Et s’il le faut, ces derniers sont prêts à reprendre leurs investissements, notamment pour mettre à la disposition des matériels que leurs clients ont du mal a financer auprès de leur banque, mais aussi prêts à affronter des scénarios de crise plus dures et plus longues que prévue, même avec baisses d’activité allant de – 10 à – 20 %.
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