La ministre l’a dit sans détour ce jeudi : « Nous avons trop longtemps abordé l’électrification avant tout sous le seul angle de la décarbonation. » Mais, a-t-elle ajouté, « électrifier, c’est aussi protéger le pouvoir d’achat et la croissance de notre économie ». Le plan se présente ainsi comme un projet économique autant qu’environnemental, et le curseur se déplace de la contrainte vers l’opportunité.
PUBLICITÉ
Cette lecture n’est pas neuve. Solène Garcin-Charcosset, experte ESG et carbone chez Tennaxia, éditeur de logiciels et cabinet de conseil HSE, ESG et carbone, la défendait dès cet été dans une tribune. Elle y décrivait l’électrification comme l’un des leviers les plus efficaces pour concilier ambition climatique et compétitivité, face à un rapport de forces international. Les États-Unis soutiennent massivement leurs filières stratégiques par l’Inflation Reduction Act. La Chine mène depuis plusieurs années une politique industrielle offensive dans les batteries, les véhicules électriques, les réseaux et les technologies énergétiques, tout en faisant progresser des normes vertes locales calquées sur la CSRD européenne. Pour l’experte, « face à ces stratégies offensives, l’Europe ne peut plus se contenter d’un rôle de régulateur ».
Les réseaux, condition de la réussite
L’électrification n’a rien d’une solution miracle, prévient toutefois l’experte. Son succès dépendra de la capacité à moderniser les réseaux, à développer les infrastructures nécessaires, à former les compétences adaptées et à sécuriser les approvisionnements en matériaux critiques, dans le cadre d’une vision industrielle cohérente à l’échelle européenne. Trois de ces quatre conditions concernent directement les chantiers, les équipements et les savoir-faire que mobilisent les acteurs des travaux publics et des réseaux.
Deux écueils sont à éviter. Décarboner sans réindustrialiser reviendrait à transférer la production, et donc les émissions, vers d’autres régions du monde. Réindustrialiser sans décarboner exposerait les entreprises européennes à une perte de compétitivité, dans une économie mondiale où les exigences environnementales deviennent progressivement la norme.
Un seul projet économique
Électrification des usages, innovation industrielle, souveraineté énergétique, réduction des émissions, pour la ministre comme pour l’experte, ces objectifs ne relèvent plus de politiques distinctes, mais d’un même projet. Pour les opérateurs et les entreprises de pose réseaux, le cadre public devient plus favorable, mais la promesse ne tiendra que si les infrastructures suivent.