Depuis plusieurs années, la Journée Expertise et Construction s’est imposée comme l’un des rendez-vous techniques majeurs de la filière. Cette édition 2026, qui a rassemblé plus de 350 personnes, n’a pas dérogé à la règle, réunissant plusieurs centaines de professionnels venus découvrir les travaux de recherche du Cerib, les retours d’expérience d’industriels et les dernières avancées technologiques de l’écosystème béton. Mais cette année, un fil rouge se dégageait nettement : l’innovation ne porte plus uniquement sur le matériau. Elle concerne désormais les méthodes de conception, la gestion des données, les outils numériques, les usages et même la manière de penser les ouvrages sur tout leur cycle de vie.
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La transition environnementale reste naturellement le principal moteur de cette évolution. Les conférences ont rappelé que l’abaissement progressif des seuils de la RE2020 oblige toute la filière à revoir ses pratiques. Nouveaux liants, optimisation des structures, mixité des matériaux, incorporation de ressources biosourcées ou recyclées : les pistes sont nombreuses, mais elles soulèvent aussi de nouvelles questions techniques. Parmi elles, la sécurité incendie occupe une place centrale. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de mieux caractériser le comportement au feu de ces nouveaux systèmes constructifs afin d’accompagner l’innovation sans compromettre le niveau d’exigence attendu des ouvrages. L’économie circulaire constitue l’autre levier majeur. En s’appuyant sur l’exemple d’une opération de logements sociaux à Tours, le Cerib a démontré que la réduction de l’empreinte carbone peut aussi s’appuyer sur des filières locales, le réemploi des matériaux et une meilleure valorisation des ressources disponibles sur les territoires. Une approche qui dépasse désormais le simple recyclage pour intégrer toute la chaîne de conception des projets.
Quand l’IA s’invite dans les usines
Si les enjeux environnementaux dominaient les débats, la surprise est venue du numérique. L’intelligence artificielle a fait une entrée remarquée dans le programme avec un atelier consacré aux usages concrets des grands modèles de langage, de l’automatisation et des agents intelligents. Loin des discours prospectifs, le Cerib a choisi une approche pragmatique, en montrant comment ces technologies peuvent assister les équipes techniques, accélérer certaines tâches d’ingénierie ou améliorer l’exploitation des données de production. Cette stratégie s’inscrit dans une transformation numérique plus large. Les démonstrations consacrées aux jumeaux numériques illustrent la volonté du Centre d’utiliser les données issues du BIM pour optimiser l’exploitation des bâtiments et des sites industriels. Une évolution qui rapproche progressivement le secteur de la logique de l’industrie 4.0. Dans le même esprit, les calculateurs carbone CIBLE poursuivent leur montée en puissance afin d’aider les fabricants à produire plus facilement leurs déclarations environnementales, tandis que l’outil C10PO, développé avec Agyre, ambitionne de rendre opérationnelle l’économie circulaire dès la phase de conception grâce à une meilleure exploitation des diagnostics PEMD.
Adapter les infrastructures au changement climatique
Les conséquences du changement climatique étaient également au cœur des échanges. Face à l’intensification des épisodes pluvieux et à l’imperméabilisation croissante des sols, le Cerib met en avant les solutions préfabriquées en béton pour mieux gérer les eaux pluviales.
Au-delà des ouvrages eux-mêmes, le Centre développe désormais tout un ensemble d’outils de dimensionnement hydraulique, mécanique et environnemental destinés à accompagner les maîtres d’ouvrage dans la conception d’aménagements plus résilients.
Cigéo, un partenariat de long terme
Point d’orgue de cette journée, la signature d’un nouvel accord entre le Cerib et l’Andra est venue rappeler l’importance de la recherche sur la durabilité des matériaux cimentaires. Le partenariat, renouvelé jusqu’en 2030, prolonge vingt-cinq années de coopération autour des ouvrages souterrains profonds destinés au projet Cigéo. Les travaux porteront notamment sur les bétons à hautes performances, les bétons compressibles et la démonstration de leur comportement sur des durées de fonctionnement de plusieurs siècles, un enjeu scientifique majeur pour le futur centre de stockage géologique profond des déchets radioactifs.
Une filière qui change de dimension
Au fil des conférences et des démonstrations, une tendance de fond apparaît clairement : la filière béton ne raisonne plus uniquement en termes de performances mécaniques. Elle parle désormais empreinte carbone, intelligence artificielle, gestion de la donnée, résilience climatique, économie circulaire et durabilité des infrastructures. Autrement dit, le béton devient un support d’innovation globale, où les matériaux, les outils numériques et les services évoluent de concert. En cela, cette 11e Journée Expertise et Construction aura surtout montré que les mutations de la construction sont déjà à l’œuvre. Et que le Cerib entend bien rester l’un des moteurs de cette transformation.