Entre l’impact des tensions géopolitiques, le ralentissement du crédit, l’effondrement du logement neuf et les incertitudes sur les dispositifs de soutien à la rénovation énergétique, la profession s’inquiète d’une dégradation durable de l’activité. « Une situation préoccupante et des perspectives dégradées »… le ton était donné dès l’ouverture de la conférence de presse de la FFB. Pour Frédéric Carré, les conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient viennent compromettre les premiers signes de stabilisation apparus à la fin de l’année 2025. Après un recul de 5 % de l’activité en volume en 2025, le bâtiment continue de traverser une zone de fortes turbulences. Le secteur a perdu 19 000 salariés en un an et 42 000 sur trois ans, tandis que le chiffre d’affaires de la construction neuve ne représente plus que 39 % de l’activité globale, un niveau historiquement bas.
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La situation demeure particulièrement critique sur le marché du logement. Malgré un léger rebond technique observé depuis la fin de l’année dernière, les mises en chantier restent très inférieures à leur moyenne historique. Selon la FFB, le rythme annuel 2026 pourrait atteindre au mieux 321 000 logements commencés, soit encore 35 000 unités de moins que la moyenne des quarante dernières années. Les indicateurs avancés ne laissent guère entrevoir d’amélioration. Les permis de construire ralentissent, les ventes des promoteurs poursuivent leur recul et les mises en vente s’effondrent. Pour Frédéric Carré, la situation devient même alarmante : « On touche aux plus bas historiques sur le segment des particuliers ». Plus inquiétant encore, « les mises en vente des promoteurs s’effondrent de 31 % (...) C’est catastrophique pour l’avenir ! ».
Le non-résidentiel menacé à son tour
Le secteur non résidentiel ne constitue plus un relais de croissance. Les surfaces commencées stagnent à un niveau faible, tandis que les autorisations repartent à la baisse sous l’effet notamment du recul des projets publics. Le président de la FFB pointe également les effets du cycle électoral local : « l’effet Municipales joue maintenant à plein, les surfaces commencées vont suivre dans le plongeon ». Une évolution qu’il juge particulièrement préoccupante alors que « les besoins en équipements publics restent bien présents et que le tissu économique local en dépend ».
La rénovation énergétique perd de son élan
Longtemps présentée comme l’un des moteurs de l’activité future, la rénovation énergétique montre à son tour des signes de faiblesse. Le segment accuse un recul de 3,4 % au premier trimestre 2026, avec une baisse encore plus marquée dans le logement. Dans ce contexte, la réduction des crédits alloués à MaPrimeRénov’ et au Fonds vert suscite l’incompréhension de la profession. « C’est une décision incompréhensible ! », a réagi Frédéric Carré, rappelant que près de 60 000 entreprises se sont engagées dans la qualification RGE. Le président de la FFB dénonce surtout l’instabilité des politiques publiques : « Les errements des pouvoirs publics sur MaPrimeRénov’, les CEE, le photovoltaïque, etc. cassent progressivement le marché qui devait porter l’avenir ».
Une fragilisation croissante des entreprises
Au-delà de l’activité, c’est désormais l’appareil de production lui-même qui montre des signes de fragilité. Depuis fin 2022, près de 55 000 emplois ont disparu dans le bâtiment. Les tensions sur les trésoreries s’accentuent sous l’effet de la hausse des coûts des matériaux et des délais de paiement. La FFB réclame ainsi un renforcement des garanties de paiement dans les marchés publics. « Stop aux délais dépassés ou cachés, aux retenues abusives en fin de chantier ! », a lancé Frédéric Carré, estimant que les maîtres d’ouvrage publics portent « une responsabilité sur la pérennité des entreprises du bâtiment ». Les défaillances demeurent par ailleurs à un niveau élevé, avec plus de 13 000 entreprises potentiellement concernées en 2026. « Il y a donc urgence à agir ! », prévient-il.
Un plaidoyer pour l’investissement
Au-delà du constat, la FFB formule une série de demandes à destination du gouvernement dans la perspective du budget 2027 : maintien du prêt à taux zéro, soutien à l’investissement locatif, clarification du financement de l’Anru 3, préservation des allégements de charges sur les bas salaires ou encore maintien des aides à l’apprentissage. Pour Frédéric Carré, l’enjeu dépasse désormais le seul secteur du bâtiment. Reprenant les analyses de l’Insee et la célèbre formule de Martin Nadaud, il rappelle que « lorsque le bâtiment va, tout profite de son activité ». Et de conclure avec un message adressé aux décideurs publics : « La France ne retrouvera certainement pas le chemin de la croissance sans reprise du bâtiment ».